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14 juillet 2014

Ginger & Rosa : BFF pendant la crise des missiles de Cuba

Ginger et Rosa sont nées le même jour. Élevées dans le même immeuble, ce sont quasi deux sœurs. Mieux : deux meilleures amies. A Londres, dans les années 60, ces ados sont belles et presque rebelles. Le film de Sally Porter se concentre sur leur amitié qui ne résiste pas au passage à l’âge adulte.
Les deux filles choisissent des chemins différents pour se démarquer de leur mère.

Alors que Ginger s'enthousiasme pour des modes d’action plus radicaux que le pacifisme passif de son père, Rosa remet le sort du monde dans les mains de Dieu et son corps entre les mains des hommes. Ginger, ces soirs-là, change de place dans l’arrêt de bus. Hors de question de tenir la chandelle - hors de question de laisser son amie seule. Pourtant, la séparation définitive des parents de Ginger bouleverse tout. Deux mères contre leurs deux filles, et bientôt, les deux inséparables également dressées l’une contre l’autre.

Le rythme de Sally Potter est un peu lent. Là où un autre cinéaste aurait choisi l’accélération propre à l’adolescence, la réalisatrice laisse le temps au spectateur de remarquer l’amitié intense qui lie les deux filles et leur fonctionnement siamois - leurs vêtements, leurs habitudes, leurs silences complices - puis leur éloignement. Elle Fanning est effectivement sensationnelle, on ne contredira pas le New York Times, il fallait une actrice toute en retenue pour évoquer la colère rentrée du personnage de Ginger, une colère symbolisée par ses cheveux. Ginger, que son père avait prénommée Africa. Pourquoi ? Mais parce que Freud parlait du continent noir qu’est la sexualité féminine. Un père adoré, admiré. Un père brillant mais piètre mari. Ce personnage, incarné par Alessandro Nivola est intéressant. Cette figure de l’intellectuel reconnu, séduisant, disant se jouer des conventions sociales mais indifférent aux sentiments d’autrui est un lâche. A contrario, la mère de Ginger, jouée par Christina Hendricks incarne le courage du renoncement.

Ginger & Rosa : Elle Fanning & Alice Englert © Concorde Filmverleih GmbH

 
L’auteure et réalisatrice choisit également quelques personnages secondaires qui lui permettent de mieux contextualiser : les deux parrains excentriques de Ginger et leur amie intello façon Simone de Beauvoir (excellente Annette Bening). Les situations créés pour lesdits personnages, spécialement les parrains, comiques, génèrent quelques ruptures dans le style évaporé du long-métrage, ce qui n’est pas désagréable. Mais elles pourront paraître à certains quelques peu saugrenues.
 
Bella et Ginger : Annette Bening et Elle Fanning © Concorde Filmverleih GmbH
 
En résumé : les grandes amitiés se finissent mal en général, et les hommes qui se prennent pour des héros sont souvent des salauds. Un joli film, au parfum de sixties révolues et vaguement auréolé par l’ombre du photographe Hamilton.
 
Sorti en salles l'année dernière, il est disponible en DVD depuis le 1er juillet dernier.
 


3 commentaires :

  1. Mmmh, je n'ai jamais entendu parler de ce film mais il a l'air très intéressant. Je l'ajoute à ma watchlist !

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    1. Je crois qu'il n'est pas resté longtemps en salles... En tt cas sans être incontournable il m'a plutôt plu comme tu l'as lu :)

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  2. Effectivement, tu as bien plus aimé que moi :) Joli billet !

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