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17 juillet 2014

Un été à Osage County, drame familial dans le Sud des Etats-Unis

«Un été à Osage County» a bénéficié d’une presse plutôt enthousiaste, mais desservi par une affiche qui a même rendu les fans de Meryl Streep et Julia Roberts dubitatifs («En famille, on se soutient. En famille, on se déchire».), les entrées en salles ont été décevantes. L’occasion de se rattraper avec le DVD sorti depuis  un petit mois : contrairement donc au visuel de l’affiche qui vend un mélo, il s’agit bien d’un drame, ce qui est fort différent.
 
Nous avons là une famille dysfonctionnelle au possible – donc une famille ordinaire, n’est-ce pas ? Dans le jeu de la famille Weston, il y a d’abord les parents, qui se sont sortis d’une misère crasse pour se hisser jusqu’à l’aisance financière et même jusqu’à la notoriété pour le poète qu’est Beverly. L’oubli de ses origines a un prix : le père l’a noyé sa vie durant dans le whisky et la mère dans les médicaments. Ils ont voulu donner à leurs filles la chance de ne pas connaître les épreuves qu’ils ont vécues. Mais à l’heure de sa dernière heure, comme dirait Barbara, la mère ne pardonne pas. Une mère courage qui a élevé ses filles à l’abri des problèmes matériels, et qui décide de rétablir la vérité : ce sont des gosses pourries gâtées, qui, si elles avaient fait autant d’efforts qu’elle-même, seraient présidentes des États-Unis. Car à côté des souffrances de Violet, tout est ridicule.

Au début du film, Beverly fugue. Le cancer de sa femme lui est devenu insoutenable. Alors, rejoignant Ivy, la fille sacrifiée, pathétique, qui n’a jamais quitté l’Oklahoma, Barbara et Karen reprennent la route du désert. Même si leur mère est odieuse, celle-ci est minée par la maladie et leur père a disparu… Très vite pourtant, tout tourne au drame. Beverly parti, Violet au crépuscule de sa vie : peuvent éclater rancœurs, secrets, jalousies. Entres les trois sœurs et leur génitrice castratrice, mais également révéler les liens qui les unissent à Charles et Mattie Fae, la sœur de Violet, qui vit non loin de là…


Le film est âpre, rude, comme cet Oklahoma désert où il faut sans cesse rouler, où l’on vit isolé, seul. Les interprétations sont particulièrement convaincantes, peut-être parce que l’équipe a réellement tourné dans le comté d’Osage, à l’intérieur d’une maison suffocante, avec une Meryl Streep exaspérée par ces cigarettes à fumer à longueur de journée. Nul doute qu’elle n’a pas dû se forcer pour insulter ses partenaires ! Julia Roberts, acerbe, en pleine crise conjugale, est parfaite dans le rôle de Barbara, rongée par la culpabilité ; son mari infidèle, Bill (Ewan Mc Gregor, métamorphosé), endosse lui-même avec facilité le rôle de l’intello aux principes flexibles.
Si bien évidemment, la palme revient à Meryl Streep qui rappelle Elizabeth Taylor dans «Mais qui a peur de Virginia Woolf ?», tous les acteurs sont magistraux dans ce quasi huis-clos (il faut dire qu'il s'agit d'une adaptation d'une pièce de théâtre).


Comme souvent, le titre français n’est pas la traduction exacte de l’intitulé original. Cette incompréhensible manie nous vaut «Un été à Osage County» pour «August: Osage County». Alors que ce qui se joue là ne pourrait s’étaler en un été. Aucun des personnages ne saurait le supporter, aucune des filles rester aussi longtemps enfermée avec les autres, miroirs déformants, ni avec Violet, manipulatrice et outrancière.
 
Les fils de la tragédie se nouent et se dénouent, en deux heures qui lient le spectateur à ce trou perdu pour longtemps. Un réalisme qui renvoie à ses propres névroses familiales.



6 commentaires :

  1. j'ai trouvé quelques longueurs au film et parfois le côté "théâtre" m'a gêné.
    Et puis, même en tant que grande admiratrice de Metyl Streep, elle surjouait un peu. Les autres acteurs étaient parfaits et l'ambiance d'aigreur dans cette famille était hyper opressante. C'était reussi donc même avec quelques bémols :)

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    1. Personnellement je n'ai pas trouvé qu'elle surjouait, je pense que son personnage est comme cela, extrême, intransigeant, irritable, irritant. Mais dans le même temps je comprends ce que tu veux dire car à certains moments je l'ai quand même senti "jouer", ce qui est rare avec elle.

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  2. Intéressante ta critique ! Parce qu'en voyant l'affiche je m'étais dit : "C'est pas pour moi ce film..."

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    1. Oui je me doute connaissant tes goûts ! Mais vraiment tu devrais le voir. On me chuchote à l'oreille que la pièce sera donnée à la rentrée à la MC2 à Grenoble, si tu as l'occasion/l'opportunité... http://www.mc2grenoble.fr/Mc2-spectacle/Theatre/Un-ete-a-osage-county/p7c2sc584.html

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  3. Pour ma part, je suis très loin d'être convaincue...

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  4. Je l'avais vu en salles et je n'avais pas particulièrement aimé. J'avais trouvé qu'il y avait un peu trop de révélations fracassantes et de drames en si peu de temps. Mais le casting valait le déplacement :)
    Merci beaucoup pour ta participation que j'enregistre tout de suite :)

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