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24 août 2014

Les désorientés, roman de la perte, des origines et du souvenir

Adam revient au pays. L’a-t-il vraiment quitté ? En France, Adam est devenu un respectable professeur d’université. Il a laissé derrière lui son pays en guerre pour ne pas avoir à choisir entre des partis irréconciliables, entre les êtres. Mais Adam a été existentialiste, il savait qu’en refusant de choisir il faisait un choix, celui qu’un de ses amis considéra comme celui de la fuite...
 
photomontage © vivelaroseetlelilas

Cet ami, malade, voudrait voir Adam une dernière fois. Mourad est mourant et s’il ne se sont pas parlés depuis des décennies, ce décès imminent sonne comme l’heure de se souvenir et Adam quitte Paris précipitamment. Pourtant c’est trop tard, Mourad est déjà mort à son arrivée. Installé d’abord à l’hôtel, puis dans l’auberge de sa vieille amie Sémiramis, le narrateur est happé par le passé refoulé. Les amis d’autrefois, leur cercle intellectuel, leur volonté de voir un monde meilleur advenir, tout revient alors à Adam. A la demande de Tania, la veuve de Mourad, il va tenter de rassembler leur groupe des «Byzantins», à la mémoire du défunt - et puis parce qu’il en ressent lui-même le désir.

«Ce serait simple si, sur les chemins de la vie, on avait juste à choisir entre la trahison et la fidélité. Bien souvent on se trouve contraint de choisir plutôt entre deux fidélités inconciliables ; ou ce qui revient au même, entre deux trahisons.»

La petite communauté dispersée, il faut à Adam contacter Naïm au Brésil, retrouver la trace de Ramzi, retiré dans un monastère, découvrir la vie opulente de Ramez, célèbre architecte. Il décide de tenter le dialogue avec le frère de Bilal, le compagnon fauché en pleine jeunesse. Nidal, désormais, «porte la barbe». Quant à Albert, il travaille aux États-Unis. Son histoire incroyable de rescapé d’un enlèvement est une des plus passionnantes de ce roman multiple.

«Qu’on soit juif ou arabe, on n’a plus le choix qu’entre la haine de l’autre et la haine de soi.»

«Les désorientés» est un livre que l’on lit sans savoir qu’il nous accompagnera sans doute longtemps après l’avoir refermé. Il évoque, par le truchement du récit d’amitiés nouées et dénouées, le passage du temps avec une grande force. L’identité est évidemment au cœur du roman, comme la question de l’exil et celle de l’engagement politique. Amin Maalouf a écrit ici un livre, dit-il, inspiré de sa propre jeunesse.
Pourtant, le Liban n’est pas vraiment nommé, même si on le devine, parce que cette histoire est malheureusement intemporelle, c’est celle, tragique, du temps des regrets qui succède à celui des illusions.

«Les désorientés» d’Amin Maalouf - Le Livre de poche 2014

3 commentaires :

  1. Encore une perle de ce cher Amin Maalouf ! Les thèmes de ce roman-ci me parlent beaucoup. Décidément, je crois qu'il faut tout simplement tout lire de cet auteur !

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    1. Oui, le Rocher de Tanios était loin derrière moi, et je me suis fait la même réflexion. En lire d'autres, voire tout lire comme tu le dis !

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