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29 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #6 : Jennifer Clement, Prières pour celles qui furent volées

Le roman de Jennifer Clement, «Prières pour celles qui furent volées» est un cri de douleur et de fierté, celui des femmes de la montagne du Guerrero. Les hommes, eux, partent, les uns après les autres, happés par le rêve américain ou les tentations offertes par les cartels de la drogue. Dans le Guerrero, restent, seules, telles des Amazones, des femmes et leurs filles calfeutrées.
 
photographie © vivelaroseetlelilas
 
Dans ce Mexique décrit par les anthropologues comme «l’une des régions autochtones les plus marginalisées du pays», les femmes ne se réjouissent pas lorsqu’elles mettent au monde une fille. Si elle est belle, c’est bien pire encore : il ne faudra pas seulement la cacher, l’enlaidir, mais prier afin qu’arrive, le plus tard possible, l’inévitable, le rapt.
 
Non loin des palmiers d’Acapulco, Ladydi grandit ainsi dans cette menace permanente. Ladydi, appelée ainsi pour maudire son géniteur de ses incartades répétées, en hommage à l’honneur bafouée de la princesse, vit une enfance qui n’en a que le nom. Un jour de mauvais présage, des narcos tirent sur la maison de sa mère pendant qu’elle se terre dans le trou aménagé spécialement pour échapper à la convoitise des trafiquants. Un autre, il lui faut aider à l’enterrement d’un jeune homme trouvé assassiné près de chez elle. Sa mère lui lance alors : «Quand tu es née, je n’aurais jamais pensé qu’on enterrerait un jour ensemble un gamin mort. Ce n’était pas dans mes projets de vie.»
C’est essentiellement l’humour corrosif de cette femme endurcie qui évite au roman l’écueil du mélodrame. Malgré l’horreur, Jennifer Clement ne cède à aucune complaisance.
 
On lit avec effroi, certes, mais aussi avec plaisir, car il y a quelque chose que ces femmes debout, solidaires, arrivent encore à trouver en elles : de l’espoir. Malgré la terreur et les exactions des cartels, malgré la violence et la corruption policières, elles veillent, elles attendent. Dans le fond, même la mère de Ladydi espère que son mari abandonne la deuxième famille qu’il a fondé aux États-Unis pour revenir auprès d’elle et de leur fille.

C’est Ladydi qui raconte son histoire, à la première personne, mais qui raconte aussi leur histoire à toutes, celle de Paula, volée à 14 ans, celle de Maria et de son bec de lièvre, celle d’Estefani, dont la mère se meurt du sida. Celle de toutes ces femmes victimes de la guerre de la drogue. La narratrice elle-même, qui pense échapper à cette malédiction qui pèse sur le pays est rattrapée par les agissements de Mike, le frère de Maria. Le seul garçon du village est un caïd à douze ans. A cause de lui, le destin de Ladydi bascule… Mais pouvait-elle y échapper, prédestinée comme elle l’était ?

Je vous conseille vraiment de découvrir ce livre intense, qui donne des prénoms aux récits terribles mais souvent anonymes des journalistes.

Note : cet ouvrage a bénéficié d'une traduction de la romancière Patricia Reznikov.

Ici toutes les critiques de la Rentrée littéraire 2014.
 

27 septembre 2014

Un, deux, trois... Agatha !

À Londres, en 1928, Agatha Christie est convaincue par des amis : son prochain voyage se fera au Moyen-Orient, «il faut visiter Mossoul, Bassora, et ne rater sous aucun prétexte l’ancienne cité d’Ur !». Autres temps... Mossoul est aujourd’hui sous contrôle de «l’État islamique» et il n’y aurait guère que feu Gérard de Villiers comme écrivain pour se rendre en Irak aujourd’hui, à la recherche d’inspiration romanesque. Dans les années 30, la célèbre créatrice d’Hercule Poirot se prend de passion pour le désert de Mésopotamie… Elle y rencontre d’ailleurs Sir Max Mallowan, qui deviendra son second mari.


Dans «Agatha, la vraie vie d’Agatha Christie», très belle bande-dessinée publiée chez Marabulles, on apprend bien des choses sur la reine du suspens. Comme beaucoup de monde, je me suis plongée dans de très nombreux livres d’Agatha Christie, mais, mis à part l’organisation parfaitement orchestrée de sa propre disparition, je ne connaissais pas vraiment sa vie. Cette belle BD biographique est donc tout à fait utile.
Très documentée, l’ouvrage d’Anne Martinetti, Guillaume Lebeau (scénaristes) et Alexandre Franc (dessinateur) nous raconte donc la «vraie vie» d’Agatha Mary Clarissa Miller - justement en commençant par cet épisode rocambolesque : bafouée par son mari, désespérée par la mort de sa mère, elle imagine un stratagème pour punir son mari de son inconséquence - et profiter d’un peu de solitude. Une voiture accidentée, une retraite dans un petit hôtel où elle prend le nom de la maîtresse d’Archi, elle se venge.

J’ai craqué pour ce livre : outre son aspect pédagogique, le dessin m’a énormément plu. Il s’agit d’une ligne claire classique, ce que je préfère sans doute, mais avec des cases au format variable, sans contours encrés hors les bulles. Il y a même un hommage direct à Hergé, très amusant. Si vous aimez Dame Agatha Christie, nul doute que vous apprécierez partager un moment en sa compagnie, découvrant ainsi les différents hommes de sa vie, toujours un peu volages, assistant à son entrevue avec la reine…
 
La longueur de la bande-dessinée permet de se plonger non seulement dans la vie de l’écrivain mais aussi dans le siècle qu’elle traverse, l’atmosphère des années 30 est bien rendue, comme celle du Londres bombardé.
 
© Anne Martinetti, Guillaume Lebeau & Alexandre Franc
 
Le processus narratif est ingénieux et facétieux  : les auteurs font intervenir les héros d’Agatha, essentiellement Hercule Poirot, afin de renforcer la démonstration biographique, et l’humour de l’album relève le procédé !

«Agatha, la vraie vie d’Agatha Christie» d'Anne Martinetti, Guillaume Lebeau & Alexandre Franc - Marabulles 2014

23 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #5 : Pierre Raufast, La fractale des raviolis

Il y a des livres rétifs à toute classification. Des OLNI, objets littéraires non identifiés. Vous ne pouvez pas dire : «c’est un excellent roman d’aventure, lis-le tu seras transporté» ou bien : «une magnifique love story celui-là, c’est déchirant, tout à fait ton style». «La fractale des raviolis» est le genre de livre qu’une fois terminé, avec un rire nerveux, vous regardez en vous demandant quel drôle de tour on vous a joué. 

photomontage © vivelaroseetlelilas

Passionnant enchevêtrement d’histoires savamment diverses et tout à fait dissemblables, «La fractale des raviolis» n’en est pas moins un roman très construit, dans lequel les comptines, parfois drôles, parfois macabres, parfois scientifiques, souvent tout cela à la fois, sont imbriquées comme des poupées russes. On ouvre le livre avec la préméditation d’un meurtre passionnel - avec, dans le rôle de l’instrument de mort, des raviolis - et on le repose avec le piège de la cuisinière se refermant sur celle-ci.
Entre temps, Pierre Raufast a inventé une destinée tragique pour un jeune homme capable de voir les infrarouges et engagé par la police judiciaire, celle d’un arnaqueur de veuves fragiles à l’apparence trompeuse. Mais ce n’est pas tout : un détour est fait par le Marseille du début du 18ème, et on croit alors commencer un nouveau roman historique (avec peste, viols, vols, comme de bien entendu).
Il est donc question dans ce roman aussi improbable que les rats-taupes dont je me refuse à vous dire davantage que la description qu’en fait l’auteur en page 141 (à savoir : une chose de «la taille d’un gros rat, la peau plissée d’un gris rosé, pas de poils, des dents de castor, des petits trous noirs en guise d’yeux.») de stratégie militaire, d’inspiration littéraire, de criminologie et de passion amoureuse. Mais aussi, last but non least, de Résistance et de collaboration.

J’ai deux conseils à vous donner. En fait, trois.
Le premier est de lire ce livre, parce que même s’il y a peu de chances que je puisse vous donner un avis sur les 404 romans français de cette rentrée littéraire, il y en a également très peu pour que vous trouviez aussi délirant dans cette liste. Son propre éditeur en parle comme d'une pochette surprise !
Le deuxième conseil est de le lire d’une traite. Je sais, je sais, j’en entends qui râlent, mais pour apprécier complètement le charme de l’emboîtement des récits, je crois que c’est un service à se rendre.
Le troisième conseil est de vous méfier. Pierre Raufast est un écrivain modeste (louche, n’est-ce pas ?) et sympathique, au contact facile. Mais il invente de petites histoires auxquelles on adhère en quelques phrases, dans lesquelles il est beaucoup question de décès et de perversion. Que nous cache cet auteur ? Un deuxième livre, je l’espère !

«La fractale des raviolis» fait partie des Talents Cultura 2014, qui récompensent chaque année plusieurs premiers romans.
Ici toutes les critiques de la Rentrée littéraire 2014.
 

22 septembre 2014

Animal, troisième album de Livingston, sort aujourd’hui.

«Animal», c’est un disque qui a accompagné mon été, un satellite rock qui se situe quelque part dans l’espace embrumé de la galaxie Placebo, mais qui a été touché par les poussières galactiques de U2, Coldplay ou Muse : énergique et émouvant.


Le groupe Livingston n’a pas choisi son nom au hasard, il fait voyager - ou plutôt légèrement planer, d’où mes comparaisons stellaires. Beukes Willemse (chant), Jakob Nebel (guitare, percussions), Chris van Niekerk (guitare, claviers), et Phil Magee (basse, claviers) jouent une musique catchy sans pour autant être trop facile et se laisser appréhender à la première écoute.

La formation alternative semble avoir digéré les derniers avatars des courants rock, ainsi l’influence de l’électro contrebalance les passages métal par exemple. Ce disque ressemble donc forcément à tout ce que l’on écoute d’un peu mélancolique depuis 2000 au moins - oui, l’originalité n’est pas le point fort de Livingston - mais peu importe : il rassemble tout ce que l’on aime, aussi.
 

Ce troisième album du groupe alterne ainsi les morceaux FM-compatibles («Big Mouth», «Chemicals») et les pistes plus aventureuses, plus sensibles («Skin and Bones», «Reckles»). C’est ce dont le groupe avait envie, après un deuxième album («Fire To Fire», à la production exagérément léchée) dont Jakob Nebel, le guitariste, explique qu’il n’est pas très fier, avouant que le groupe a souffert d’une soif de reconnaissance qui a conduit à des compromis commerciaux excessifs. Avec «Animal», il espère avoir trouvé un équilibre plus juste entre les aspirations des musiciens et ce que le public est prêt à écouter.

On peut dire qu’effectivement, le résultat sonne juste ! Pour cet album, les membres de Livingston avaient trouvé une petite maison, une cabane de chasseur, perdue dans les bois à l'extérieur de Berlin, privilégiant l'isolement. Là, ils auraient trouvé l’inspiration… Legend ?



Par ailleurs, cette fois-ci, le groupe a d’ailleurs choisi de se rendre maître du processus entier de composition : de l'écriture, à la production, en passant par l'enregistrement et le mixage, dans le secret... Alors que Livingston avait été signé par Universal un après sa formation en 2008, on peut s’amuser de ce parcours, plutôt à rebrousse-chemin. Mais on peut aussi s’en réjouir : il semble qu’avec cet album, le groupe ait trouvé son véritable style, une identité composite mais particulière.


 Vous pouvez suivre l’actualité du groupe sur leur page Facebook.

«Animal» de Livingston - Long Branch Records - SPV 2014

17 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #4 : Clotilde Coquet, Parle-moi du sous-sol

Si je schématise de façon éhontée, depuis le naturalisme de Zola et le moment de l’observation participante de certains intellectuels notamment après-guerre («L’établi» de Robert Linhart), peu de romanciers ont fait de l’entreprise autre chose qu’un cadre, qu’une toile de fond pour leurs explorations des rapports humains.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Le roman social s’est certes développé tout au long du 20ème, mais celui-ci, inséparable d’une critique des modes de production, reste une littérature plutôt confidentielle. Des auteurs comme Emmanuelle Heidsieck par exemple, sont assez peu lus, malheureusement. Il y a évidemment des exceptions, ainsi de Gérard Mordillat («Les vivants et les morts», «Xenia», etc). Récemment, on a également pu lire «Le crépuscule d'un monde», d’Yves Turbergue.

Pourtant, depuis quelques années, le monde du travail est au cœur de nombreux romans, assez pour que des manifestations scientifiques soient consacrées à ce renouveau. Et pas uniquement pour se saisir de l’ordinaire kafkaïen de certaines grosses entreprises et de la langue de bois du management, mais aussi pour revenir à la description du travail qualifié- ou non- de l’ouvrier comme de l’étudiant désargenté.

C’est pourquoi lorsque le premier roman de Clotilde Coquet, «Parle moi du sous-sol», a commencé à être lu par les critiques en vue de la rentrée littéraire beaucoup d’entre eux ont opté pour une formulation simple : ce serait le «Bonheur des dames» du 21ème siècle.
Le grand magasin dévore le roman, dévore les personnages, à commencer par la narratrice elle-même et dévore la vie - cette ironie du ballet de la consommation est soulevée dès le titre, car «Parle-moi du sous-sol» est emprunté à Beckett («En attendant Godot»). Il me semble néanmoins que «Parle-moi du sous-sol», écrit à la première personne, est très loin de la grande fresque de Zola.
Entre la thésarde de Coquet et la Denise de Zola, il n’y a en effet pas grand chose à voir - et surtout pas de happy-end à espérer. La narratrice a les moyens d’opérer un dévoilement de tous les rapports de force, de classe, des luttes de pouvoir, très rapidement. Sa capacité à observer en ethnologue sa situation comme celle de ses collègues n’est pourtant d’aucun réconfort. Si elle travaille au sous-sol, déclassée, c’est parce que notre ascenseur social est rouillé (impossible de remonter les étages jusqu’aux roof-tops !) et que le mérite fonctionnant désormais sur la base de l’héritage, celui-ci n’est plus qu’un leurre.

Il est bien sûr beaucoup question d’apparences dans ce roman - de part et d'autre de la caisse. Les employés se déguisent, se donnent des airs, se réinventent pour résister à l’enfermement contre l’apparence écrasante des clients. Qu'est-ce que ce grand magasin sinon un miroir aux alouettes, où les vendeuses sont parfois bien plus diplômées que les riches clientes ?
L'apparence est aussi celle, cadavérique, de Vincent. Il désespère d'embrasser une véritable carrière d'acteur, acceptant le rôle d'éternel figurant, en usant de sa maigreur de «Saint Sébastien attendant les flèches». Vincent, double de la narratrice, la quitte lentement : il est difficile de supporter le miroir de ses illusions perdues.

«N’évoluer qu’au sous-sol ne devrait pas faire obstacle à mon bonheur.»

J’ai trouvé ce premier roman très bien écrit, avec une certaine préciosité intellectuelle qui embellit les artisans du sous-sol. Une plume sensible, attentive, observatrice - à suivre !
 

15 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #3 : Randy Susan Meyers, Trois secrets

Il y a plusieurs manières de parler de «Trois secrets» de Randy Susan Meyers. L’une d’entre elles serait évidemment de commencer par le succès de «L’impossible pardon», mais je n’ai pas encore lu le premier roman de l’Américaine.

photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Je ne suis d'ailleurs pas certaine de le faire, le pardon dont il est question étant celui de deux sœurs pour leur père - meurtrier de leur mère. Un tel (mélo)drame ne me tente guère. Une autre manière d’aborder «Trois secrets» serait de se demander pourquoi diable le beau titre original de «The comfort of lies», qui est un écho à une pensée d’un personnage du livre, n’a pas été retenu pour la traduction. «Trois secrets» a un côté girly qui ne correspond pas du tout à l’intrigue du livre. Enfin, une dernière manière d’évoquer «Trois secrets» est d’avouer qu’il a suffit du nom de J.Courtney Sullivan sur la couverture pour emporter mon adhésion. Si celle-ci a aimé, c’est que le livre est bon.

Comme chez J.Courtney Sullivan d’ailleurs, le livre fonctionne sur l’alternance de points de vue, essentiellement féminins. Le narrateur, omniscient, se focalise sur un personnage. Cette alternance narrative a un avantage majeur : il n’y a pas de jugement moral. Oui, Tia est, du point de vue de Juliette, une briseuse de ménage, une séductrice. Nathan, pour Tia, était l’homme idéal. Caroline n’a peut-être envie de n’accorder que peu de temps à sa fille, mais elle a cédé à l’adoption par amour pour son mari, Peter.

Au début du roman, alors qu’elle pense que leur liaison est devenue stable et que Nathan va se décider à quitter sa femme, Tia annonce à son amant qu’elle est enceinte de lui. Le charismatique prof de socio se mue en un lâche qui tente de convaincre la jeune femme d’avorter : il ne quittera pas sa femme, ni sa maison, ni ses garçons. Commence alors une période terrible pour Tia, qui décide de garder l’enfant mais de le faire adopter, convaincue que seule, elle ne saura lui offrir le meilleur. Elle-même a été l’enfant unique d’une mère célibataire et si celle-ci l’a rendue heureuse, elle ne souhaite pas reproduire ce schéma, ni surtout revoir à jamais dans les traits de l’enfant ceux de l’amour perdu.
Nathan, désemparé par cet aveu et par la tournure des évènements, révèle l’existence de sa liaison à sa femme, sans mentionner la raison de la rupture d’avec sa maîtresse. D’abord folle de rage, Juliette finit par pardonner à Nathan.

Pendant ce temps, en dehors de Boston, Caroline et Peter élèvent la petite Savannah. Chaque année, Caroline envoie une photo de la petite fille à Tia, avec un mot cordial. Tia, de son côté, perd les pédales de son existence et la goutte d’alcool dans le café devient une habitude… elle rêve de faire tournoyer dans ses bras celle qu’elle appelle encore Honor. Au moment des cinq ans de l’enfant, en pleine crise existentielle, elle envoie à Nathan les photos de leur fille. La lettre est interceptée par Juliette, et la jalousie que celle-ci pensait avoir ensevelie sous le quotidien rassurant de leur foyer éclate, en même temps qu’un désir insensé de voir la petite fille faire partie de leur vie.

«Trois secrets» est un efficace page-turner. Même si rien n’est très original sous le soleil de l’adultère (l’horreur de la trahison, le poison de la jalousie, la possibilité du pardon) Randy Susan Meyers en fait pourtant la trame d’un roman particulièrement passionnant en ce qu’il explore les contradictions auxquelles doivent faire face les femmes modernes. Même si chacune a sa recette pour tenir (le sport, les calmants, le chocolat, l’alcool), Caroline, Tia, Juliette et leurs amies ont quelques difficultés à endosser tous les rôles qu’elles s’assignent ou qu’elles estiment que la société a assigné à leur existence. Travail, maternité, sexualité, tout s’entremêle alors que chacune tente de composer avec son propre passé, ses modèles familiaux, ses peurs, ses espoirs. Caroline, brillante chercheuse en pédiatrie, Juliette, self-made-woman de la cosmétique et Tia, assistante sociale, vont se faire face. Honor/Savannah ne risque-t-elle pas de devenir le jouet de l’ego de ces femmes et de leurs compagnons ?… Finalement, sont-elles si différentes, ces femmes que tout oppose de prime abord ?
L’alternance de points de vue que j’évoquais plus haut a ceci d’excellent que l’auteur pose la question : Caroline ne pourrait-elle pas être Tia par exemple? Au moins une soirée ? Ne sont-elles pas toutes égoïstes ?

Le résultat de leur confrontation, inéluctable, est cependant un beau message d’optimisme. 

Toutes les critiques de la Rentrée littéraire 2014 ici.

11 septembre 2014

Rentrée Littéraire 2014 : les Talents Cultura sont à découvrir

Quels points communs ont ces romans de la rentrée littéraire que sont «Un jeune homme prometteur», «La fractale des raviolis», «Le clan suspendu», «Constellation», «Le cercle des femmes» et «Le bonheur national brut» ?

Tout d’abord, et évidemment, ce n’est pas un des moindres, ce sont des premiers romans. Ce sont aussi les Talents 2014, six romans sélectionnés à force de débats visiblement assez animés durant les mois qui ont précédé la rentrée littéraire parmi le jury Cultura.

 A l’heure où l’on en finit pas, comme le soulignait David Abiker à la cérémonie de remise des prix, de se demander s’il ne faut pas remettre la rentrée littéraire à l’année prochaine pour cause de «Merci pour ce moment», j’ai commencé à lire au hasard quelques pages dans les œuvres de chacun des lauréats - et elles me font toutes plus envie qu’une longue litanie de «moi je» (mais cet avis est tout à fait personnel et n’engage que moi).

Bref, ces six premiers romans sont sélectionnés par Cultura et seront mis en avant toute l’année dans les magasins de l’enseigne. Je trouve, mais là encore c’est tout à fait personnel et cela n’engage que moi, que c’est une belle initiative. Comme chaque année, des centaines de nouveautés de septembre ne seront jamais vraiment présentées à leur public potentiel. Jamais repérées. Chaque rentrée littéraire aime sa polémique (je suppose que cette année, elle nous sera fournie par les phrases provocantes d’une jeune femme à l’air boudeur, Frederika Amalia Finkelstein, qui veut oublier la Shoah), ses «outsiders», ses surprises, ses sélections toujours plus resserrées des prix qui entretiennent un suspens terrible pour les nominés (qui aura droit à son verre gravé pour son Pouilly-fumé cette année ?). Cette sélection là est faite, elle est close, et un certain avenir est garanti par cette présence d’un an sur table - véritable cadeau fait à un auteur !
 
Adrien Bosc, Etienne Guéreau, Gautier Battistella et Pierre Raufast

Comme j’ai déjà lu quelques critiques pour «Le bonheur national brut» ou «Le clan suspendu», je pense commencer cette sélection par «La fractale des raviolis», au titre improbable. En plus, l’auteur, Pierre Raufast, m’a dédicacé l’ouvrage en me dessinant un rat-taupe, un animal absolument, mais atrocement laid, voire immonde (j’ai vérifié à son injonction sur Google Images). Cela force la curiosité. 

Pierre Raufast dessinant son rat-taupe.
 
Et vous, avez-vous déjà lu un de ces titres ? L’un d’entre eux (plusieurs peut-être) sont-ils à votre programme de lecture ?

Toute la sélection à retrouver ici : Talents à découvrir ; et le billet de Claire consacré à l'évènement.

10 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #2 : Franck Maubert, Visible la nuit

Lors de ma lecture de «Visible la nuit», j’ai souvent pensé à «Vies et mort de Vince Taylor». Si le roman de Franck Maubert est pourtant bien différent de celui de Fabrice Gaignault, les deux livres dessinent le portrait d’artistes maudits, des hommes habités par leur vocation mais particulièrement inadaptés. De drôles de gars qui n’auraient pas vécu longtemps si, souvent, leurs amis ne les avaient pas soutenus de toutes les façons.
Ces deux titres, publiés l’un et l’autre chez Fayard, sont d’ailleurs sur la même liste du prix de Flore, qui sera décerné le 13 novembre prochain.

graphisme © vivelaroseetlelilas
 
«Visible la nuit» dit déjà beaucoup de choses du personnage de Robert Malaval, créateur de multiples «aliments blancs» et expert en jeté de paillettes. Malaval, peintre, plasticien, rocker frustré, est l’objet tout entier de ce livre dense. Le narrateur, Mao-Mao, apprend le suicide de l’artiste en 1980. Il est en vacances avec Jean-Marc Roberts. Alors il se souvient de cet être inclassable, ingérable, impossible à vivre, terriblement seul, terriblement alcoolique, visible la nuit, seulement - ou presque.

L’amitié de Mao-Mao et Malaval confine à l’intensité d’une tendre relation, tant leur fraternité est forte et leurs rencontres amoureuses creuses. Le tout jeune homme se jette à coeur et corps perdus dans les aventures artistiques que promettent les Halles des années 70, tentant de faire sourire Malaval l’édenté. Ce dernier, quant à lui, survit tant bien que mal au désintérêt des galeristes, qui lui ferment désormais la porte au nez alors que la décennie précédente, il était une star… Plus de «rock’n’roll dollars». Grandeur et décadence de l’art moderne, caprices de la mode, Malaval est devenu une sorte de punk qui ne soucie plus guère d’être jamais présentable. Il rend la bienveillance de ses soutiens inutile, saborde ses propres prestations - comme Vince Taylor sabordait lui aussi ses propres concerts. Il y a bien des points communs entre ces deux hommes naïfs, fracassés par leurs démons et dominés par l’alcool.

Sans céder au name dropping, sans effets de manche, Franck Maubert fait revivre les Halles des seventies, la fin désenchantée d’un monde, la drogue qui avive les nuits du Palace, les cauchemars de Malaval, les fantasmes d’Yves Saint Laurent. Un soir, Mao-Mao et Malaval suivent Aragon, angoissé par ces deux ombres…
Pressant, puissant, «Visible la nuit» est aussi parfois étouffant et mortifère, et il faut le reprendre en mains malgré les incessantes pulsions de mort de Robert, qui aime la vie «maintenant», à sa manière à lui - suicidaire.
Ce n’est pas une lecture du soir espoir, c’est une lecture de matin blême et chagrin, de gueule de bois qui ne passe pas. Allez, ravalez votre salive, la larme qui monte, l’artiste a bien toujours fait ce qui lui a chanté.
Une biographie romancée chanson rock, à écouter entre les lignes de Franck Maubert : «Stones, Ry Cooder, Dylan. Ry Cooder, Dylan, Stones. Dylan, Stones, Ry Cooder.»

Toutes les critiques de la Rentrée littéraire 2014 ici

«Visible la nuit» de Franck Maubert - Fayard 2014

8 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #1 : François Bott, Le dernier tango de Kees Van Dongen

On évoque Kees Van Dongen, et ce sont des images très colorées, fauves, qui s’imposent immédiatement à l’esprit. Kees Van Dongen, émigré à Paris, anarchiste, travaille d’abord ses couleurs dans le dénuement de la bohème, même s’il rencontre progressivement tous les grands peintres de l’époque. Un jour, il infléchit son style. C’est réfléchi. Les femmes ne veulent pas de tableaux réalistes. Elles désirent une image sublimée d’elles-mêmes. Kees Van Dongen les amincit et grossit leurs bijoux. Bientôt, elles sont légion à attendre leur portrait du maître. Le compère de Fénéon devient riche et célèbre. Au Musée d’art moderne de la ville de Paris, l’exposition «Van Dongen - Fauve, anarchiste et mondain», en 2011, donnait notamment à voir sa période de «cocktail», comme il la surnommait lui-même, ces années folles durant lesquelles il a peint tout ce qui comptait comme artistes, mondaines et demi-mondaines parisiennes de toujours ou d’un soir...

Kees Van Dongen : Maria Ricotti dans «l'Enjôleuse»

Mais puisque tout doit finir, la fête se termine en 1968. Très malade, affaibli, Van Dongen vit ses derniers moments dans sa propriété de Monaco. Que peut faire un tel homme, alors qu’il est sur le point de passer de vie à trépas ? Mais se souvenir, bien sûr. Par intermittences. Ce sont ces intermittences que raconte si bien François Bott dans «Le dernier tango de Kees Van Dongen». Le fondateur du Magazine littéraire fait parler l’artiste, à la première personne. Il imagine ses derniers instants, entouré d’infirmières de rêve, ou qu’il décide de désigner ainsi. Le peintre se souvient et dit «je», et puis il retombe dans la maladie, le sommeil, la léthargie, et un narrateur extérieur vient combler le silence de cette chambre qui sent déjà la naphtaline.

Van Dongen se rappelle donc, lui qui venait «des nuages, de la grisaille et des brumes du Nord», ses débuts, son amitié avec Arthur Cravan, sa roulotte à Montmartre, sa première fiancée. «C’était formidable d’avoir un siècle tout neuf devant soi.» Et son accession à la gloire, le succès en espèces sonnantes et trébuchantes, les critiques qui accompagnent cette ascension. Pourtant, il demeure toujours dans les peintures de l’anar embourgeoisé un je-ne-sais-quoi de désespéré, d’ironique, de grave. Van Dongen ne s’est jamais renié, en somme.

«Car le paraître est une religion - la plus exigeante, la plus frivole et la plus tragique des religions. La tragédie de la frivolité ou la frivolité de la tragédie, c’était précisément ce que je m’efforçais de peindre.»

Il n’est pas interdit de penser que François Bott, qui approche les quatre-vingt ans, ait sans doute mis de sa propre nostalgie d’un monde perdu dans celle qu’il prête à Van Dongen. Cela n’en rend ce petit livre de confessions imaginaires que plus touchant.

Toutes les critiques de la Rentrée littéraire 2014 ici

«Le dernier tango de Kees Van Dongen» de François Bott - Le cherche midi 2014

4 septembre 2014

Le roman de Louise, pétroleuse magnifique

Louise Demahis-Michel, née en 1830. Une petite fille illégitime, élevée dans l’admiration des Lumières. Une institutrice libre, une amie indéfectible, une révolutionnaire passionnée. Comment parler de cette femme qui «demeure tout à la fois mythe et symbole, militante politique et figure de proue d’un féminisme en action dans des temps où les femmes étaient des mineures perpétuelles» ?
 
photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Henri Gougaud la dépeint simplement, d’une écriture vive comme était l’intelligence de Louise. Lui qui écrivit pour Jean Ferrat des strophes telles que celle-ci, «Regardez-le l'enfant qui se dresse et qui dit / Je ne connaissais pas la beauté des colères / Je veux faire tomber ce vieux monde en poussière / L'avenir l'avenir ne sera pas maudit», embrasse forcément la vie de cette femme extraordinaire et livre un roman passionnant, «Le roman de Louise».

Biographie romancée donc, même si l’auteur n’invente rien. Louise Michel y apparaît telle qu’elle fut sans nul doute : une sorte de surfemme. Sans cesse elle se dépasse, il lui faut apprendre davantage, quitter la province pour Paris, toujours trouver une cause plus belle, plus grande, plus noble, rêver à l’absolu et même à Dieu, s’il faut écrire, cela ne peut qu’être qu’à Victor Hugo, s’il faut la Révolution pour donner du pain aux pauvres, elle combat en uniforme de Fédéré. Louise avait à peine besoin de manger, de dormir, de se vêtir, elle vivait pour et par ses idéaux. Ainsi, elle ne meurt sur aucune barricade, ne subit pas le mal de mer lors de sa déportation, ne dépérit pas de chagrin en Nouvelle-Calédonie. Louise écrit, organise, milite, revendique. Louise ne s’arrête jamais, sauf quand, un jour, finalement humaine, trop humaine, elle est atteinte d’une pneumonie et finit par s’éteindre.

«Elle est poète et révoltée, teigneuse, écorchée, insolente, attendrie par le moindre chat venu gratter à sa fenêtre, exaltée, forte de savoirs.»

Henri Gougaud, évidemment, nous raconte tout cela. Mais il raconte aussi l’enfant rimeuse et généreuse du château de Vroncourt où elle fut élevée. Il évoque la femme viscéralement attachée à sa mère (les Versaillais ne savaient-ils que trop bien qu’il suffisait d’emprisonner la mère pour que la fille se rende ?). Il parle de l’amoureuse au désespoir (ce drapeau noir qu’elle popularise au nom de l’Anarchie, ne serait-il pas aussi celui du deuil de Théophile Ferré ?).
Dans ce livre, il n’est pourtant pas question d’une hagiographie sans nuances. Louise Michel fut intransigeante, parfois déraisonnable et sans doute, aïeule spirituelle de Simone Weil, s’infligea-t-elle des peines qui peuvent sembler excessives. L’auteur souligne la tendance au martyre de Louise la mystique, elle qui réclama «le fossé de Satory où sont déjà tombés ses frères» et écrivit nombre de phrases telles que celle-ci : «Il était impossible avec tout cela de ne pas jeter ma vie à la Révolution».

Ce roman, entre rigueur biographique et sympathie pour la personnalité hors-normes de Louise Michel, est un superbe hommage à la «Vierge rouge», à Enjolras, à celle dont Henri Gougaud dit que «tout l’atteint, l’exalte, l’émeut, l’émerveille, la fait souffrir, mais trop. Elle n’a pas de mesure

«Le roman de Louise» d’Henri Gougaud - Albin Michel 2014

Pour aller plus loin, de nombreuses références seraient à conseiller, mais je citerai avant tout :
- «Louise Michel l'indomptable» de Paule Lejeune - Éditions des Femmes 1978, rééd. L’Harmattan 2003
- «Histoire des femmes dans la Commune de Paris» de Gérald Dittmar - Éditions Dittmar 2003
- La citation du premier paragraphe de ma note provient d’un article passionnant, «Louise Michel, de la déportation à l’aventure, les transfigurations d’un châtiment», de Danielle Donet-Vincent publié à la Revue d’Histoire de la justice, des crimes et des peines et disponible ici en ligne.

1 septembre 2014

Découvrez les rêveries imagées de Lajeunefille + concours !

Quand on a un blog, on prend régulièrement de bonnes résolutions, toutes plus dures à tenir les unes que les autres. Sur la forme : améliorer le design, essayer de susciter les commentaires, sur le fond aussi : organiser des interviews, faire des concours. En termes de concours, justement, cela faisait bien longtemps que j’avais rien organisé d’important, alors en cette rentrée je me rattrape.

 dessin © Lajeunefille

Au moment de réfléchir à un nouveau concours j’ai découvert l’univers de Lajeunefille, aka Céline. Lajeunefille dessine avec beaucoup de poésie et de délicatesse. J’ai pensé que vous la faire découvrir, cela serait déjà une bonne idée. Des images de contes : un soupçon de merveilleux, une dose de mélancolie, un zeste d’humour. De ses voyages imaginaires Lajeunefille décore avec ses dessins nos objets quotidiens, mugs, cartes, t-shirts...

 dessin © Lajeunefille

C’est encore mieux si vous pouvez faire plus ample connaissance avec Lajeunefille, alors quelques questions saugrenues posées à la damoiselle, et puis vous pourrez jouer !
 
A remporter, trois prix pour trois heureux gagnants : 
 
-1er prix : le sac, présenté ci-dessus par Lajeunefille elle-même.
-2ème prix : deux carnets
-3ème prix : un lot de 10 cartes postales.

 dessin © Lajeunefille
 
  • vivelaroseetlelilas : quelle source de fleuve pourrait t’inspirer un prochain dessin ?

Lajeunefille : Oh ! J’aime beaucoup l’idée… Ce serait probablement une source de fleuve imaginaire, peut-être un fleuve de cheveux, comme dans le poème de Baudelaire, « La Chevelure », ou bien alors un fleuve de larmes, mais c’est plus triste…
  • vivelaroseetlelilas : dans quelle position dessines-tu le mieux ?

Lajeunefille : Toutes ! Je dessine rarement à une table de bureau - sauf si je veux particulièrement m’appliquer ou que j’ai un projet de longue haleine, comme ma série des « Trois robes » inspirées du conte de Peau d’Âne, de Charles Perrault.
 J’aime la spontanéité dans le trait du dessin. C’est souvent synonyme de naïveté, mais c’est ça qui me plait : capturer une image, une émotion ou une sensation fugace. Quitte à ce que ça ne soit pas parfait ! Donc je dessine un peu partout et bien souvent dans la rue, quand je me promène, sur mon canapé, ou même dans mon lit !
  • vivelaroseetlelilas : as-tu une couleur de prédilection pour évoquer septembre ?

Lajeunefille : Septembre, pour moi, c’est la rentrée, le début de l’automne qui s'annonce, l’odeur des cahiers d’écoliers que l’on prépare, de nouveaux livres à découvrir… La couleur qui me vient à l’esprit c’est le roux des feuilles mortes ou le bordeaux des nouvelles bottes que l’on va devoir enfiler pour reprendre le travail à Paris!

dessin © Lajeunefille

 Pour jouer, il vous faut répondre à la question suivante :

quelle forme la plus inattendue vous a un jour été inspirée par un nuage ?

Envoyez la description de cette forme à l’adresse du blog : vivelaroseetlelilas[@]gmail.com
Les contributions gagnantes seront ensuite tirées au sort. Vous avez jusqu'au 17 septembre pour y rêvasser... Attention, petites conditions à lire :

Conditions du concours :

- Liker nos deux pages Facebook , la mienne, celle de Lajeunefille.
- Votre mail de réponse doit comporter votre adresse postale pour que votre participation soit valide.
- Le concours est ouvert aux personnes qui résident en France métropolitaine.

Le concours se terminera le mercredi 17 septembre à minuit. Les trois gagnants seront désignés par tirage au sort parmi les réponses répondant aux conditions ci-dessus. 

Edit du 21 septembre 2014 : les trois gagnantes sont Delphine, qui a un jour repéré un cupcake et qui remporte le sac, Alexandra qui a vu un coureur de marathon kenyan et recevra les carnets, et Géraldine les cartes. Géraldine a discerné le visage de Gandalf : «le chapeau, la barbe et tout !». Merci à toutes pour vos participations ! vivelaroseetlelilas & Lajeunefille