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4 septembre 2014

Le roman de Louise, pétroleuse magnifique

Louise Demahis-Michel, née en 1830. Une petite fille illégitime, élevée dans l’admiration des Lumières. Une institutrice libre, une amie indéfectible, une révolutionnaire passionnée. Comment parler de cette femme qui «demeure tout à la fois mythe et symbole, militante politique et figure de proue d’un féminisme en action dans des temps où les femmes étaient des mineures perpétuelles» ?
 
photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Henri Gougaud la dépeint simplement, d’une écriture vive comme était l’intelligence de Louise. Lui qui écrivit pour Jean Ferrat des strophes telles que celle-ci, «Regardez-le l'enfant qui se dresse et qui dit / Je ne connaissais pas la beauté des colères / Je veux faire tomber ce vieux monde en poussière / L'avenir l'avenir ne sera pas maudit», embrasse forcément la vie de cette femme extraordinaire et livre un roman passionnant, «Le roman de Louise».

Biographie romancée donc, même si l’auteur n’invente rien. Louise Michel y apparaît telle qu’elle fut sans nul doute : une sorte de surfemme. Sans cesse elle se dépasse, il lui faut apprendre davantage, quitter la province pour Paris, toujours trouver une cause plus belle, plus grande, plus noble, rêver à l’absolu et même à Dieu, s’il faut écrire, cela ne peut qu’être qu’à Victor Hugo, s’il faut la Révolution pour donner du pain aux pauvres, elle combat en uniforme de Fédéré. Louise avait à peine besoin de manger, de dormir, de se vêtir, elle vivait pour et par ses idéaux. Ainsi, elle ne meurt sur aucune barricade, ne subit pas le mal de mer lors de sa déportation, ne dépérit pas de chagrin en Nouvelle-Calédonie. Louise écrit, organise, milite, revendique. Louise ne s’arrête jamais, sauf quand, un jour, finalement humaine, trop humaine, elle est atteinte d’une pneumonie et finit par s’éteindre.

«Elle est poète et révoltée, teigneuse, écorchée, insolente, attendrie par le moindre chat venu gratter à sa fenêtre, exaltée, forte de savoirs.»

Henri Gougaud, évidemment, nous raconte tout cela. Mais il raconte aussi l’enfant rimeuse et généreuse du château de Vroncourt où elle fut élevée. Il évoque la femme viscéralement attachée à sa mère (les Versaillais ne savaient-ils que trop bien qu’il suffisait d’emprisonner la mère pour que la fille se rende ?). Il parle de l’amoureuse au désespoir (ce drapeau noir qu’elle popularise au nom de l’Anarchie, ne serait-il pas aussi celui du deuil de Théophile Ferré ?).
Dans ce livre, il n’est pourtant pas question d’une hagiographie sans nuances. Louise Michel fut intransigeante, parfois déraisonnable et sans doute, aïeule spirituelle de Simone Weil, s’infligea-t-elle des peines qui peuvent sembler excessives. L’auteur souligne la tendance au martyre de Louise la mystique, elle qui réclama «le fossé de Satory où sont déjà tombés ses frères» et écrivit nombre de phrases telles que celle-ci : «Il était impossible avec tout cela de ne pas jeter ma vie à la Révolution».

Ce roman, entre rigueur biographique et sympathie pour la personnalité hors-normes de Louise Michel, est un superbe hommage à la «Vierge rouge», à Enjolras, à celle dont Henri Gougaud dit que «tout l’atteint, l’exalte, l’émeut, l’émerveille, la fait souffrir, mais trop. Elle n’a pas de mesure

«Le roman de Louise» d’Henri Gougaud - Albin Michel 2014

Pour aller plus loin, de nombreuses références seraient à conseiller, mais je citerai avant tout :
- «Louise Michel l'indomptable» de Paule Lejeune - Éditions des Femmes 1978, rééd. L’Harmattan 2003
- «Histoire des femmes dans la Commune de Paris» de Gérald Dittmar - Éditions Dittmar 2003
- La citation du premier paragraphe de ma note provient d’un article passionnant, «Louise Michel, de la déportation à l’aventure, les transfigurations d’un châtiment», de Danielle Donet-Vincent publié à la Revue d’Histoire de la justice, des crimes et des peines et disponible ici en ligne.

2 commentaires :

  1. Oh quelle belle trouvaille que ce livre ! Ton billet est passionnant !! Et il met dans le mille car j'ai maintenant une furieuse envie de lire ce livre ! ( et je sais qu'il plairait beaucoup à une amie ) Merci Rose ! :-)

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    1. Tu m'en donneras des nouvelles alors ;) Mais oui, il est vraiment excellent !

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