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8 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #1 : François Bott, Le dernier tango de Kees Van Dongen

On évoque Kees Van Dongen, et ce sont des images très colorées, fauves, qui s’imposent immédiatement à l’esprit. Kees Van Dongen, émigré à Paris, anarchiste, travaille d’abord ses couleurs dans le dénuement de la bohème, même s’il rencontre progressivement tous les grands peintres de l’époque. Un jour, il infléchit son style. C’est réfléchi. Les femmes ne veulent pas de tableaux réalistes. Elles désirent une image sublimée d’elles-mêmes. Kees Van Dongen les amincit et grossit leurs bijoux. Bientôt, elles sont légion à attendre leur portrait du maître. Le compère de Fénéon devient riche et célèbre. Au Musée d’art moderne de la ville de Paris, l’exposition «Van Dongen - Fauve, anarchiste et mondain», en 2011, donnait notamment à voir sa période de «cocktail», comme il la surnommait lui-même, ces années folles durant lesquelles il a peint tout ce qui comptait comme artistes, mondaines et demi-mondaines parisiennes de toujours ou d’un soir...

Kees Van Dongen : Maria Ricotti dans «l'Enjôleuse»

Mais puisque tout doit finir, la fête se termine en 1968. Très malade, affaibli, Van Dongen vit ses derniers moments dans sa propriété de Monaco. Que peut faire un tel homme, alors qu’il est sur le point de passer de vie à trépas ? Mais se souvenir, bien sûr. Par intermittences. Ce sont ces intermittences que raconte si bien François Bott dans «Le dernier tango de Kees Van Dongen». Le fondateur du Magazine littéraire fait parler l’artiste, à la première personne. Il imagine ses derniers instants, entouré d’infirmières de rêve, ou qu’il décide de désigner ainsi. Le peintre se souvient et dit «je», et puis il retombe dans la maladie, le sommeil, la léthargie, et un narrateur extérieur vient combler le silence de cette chambre qui sent déjà la naphtaline.

Van Dongen se rappelle donc, lui qui venait «des nuages, de la grisaille et des brumes du Nord», ses débuts, son amitié avec Arthur Cravan, sa roulotte à Montmartre, sa première fiancée. «C’était formidable d’avoir un siècle tout neuf devant soi.» Et son accession à la gloire, le succès en espèces sonnantes et trébuchantes, les critiques qui accompagnent cette ascension. Pourtant, il demeure toujours dans les peintures de l’anar embourgeoisé un je-ne-sais-quoi de désespéré, d’ironique, de grave. Van Dongen ne s’est jamais renié, en somme.

«Car le paraître est une religion - la plus exigeante, la plus frivole et la plus tragique des religions. La tragédie de la frivolité ou la frivolité de la tragédie, c’était précisément ce que je m’efforçais de peindre.»

Il n’est pas interdit de penser que François Bott, qui approche les quatre-vingt ans, ait sans doute mis de sa propre nostalgie d’un monde perdu dans celle qu’il prête à Van Dongen. Cela n’en rend ce petit livre de confessions imaginaires que plus touchant.

Toutes les critiques de la Rentrée littéraire 2014 ici

«Le dernier tango de Kees Van Dongen» de François Bott - Le cherche midi 2014

4 commentaires :

  1. Le titre m'attire, la biographie artistique aussi, ce que tu dis dans ta conclusion encore plus!

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    1. En plus, c'est un joli petit ouvrage… Ravie de t'avoir fait découvrir ce titre !

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  2. Cela a l'air d'être un très joli ouvrage. Et j'aime bien généralement le style de confessions adoptées par certains auteurs pour faire parler fictivement des grands personnages.

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    1. Et je me demande, mais c'est peut-être une coïncidence de lectures, s'il n'y a pas un discret hommage à La soeur de Sándor Márai (http://www.vivelaroseetlelilas.com/2013/07/cherubina-dolorissa-matutina-carissima.html), avec ces infirmières/soeurs qui se confondent autour du malade …

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