barre horizontale




23 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #5 : Pierre Raufast, La fractale des raviolis

Il y a des livres rétifs à toute classification. Des OLNI, objets littéraires non identifiés. Vous ne pouvez pas dire : «c’est un excellent roman d’aventure, lis-le tu seras transporté» ou bien : «une magnifique love story celui-là, c’est déchirant, tout à fait ton style». «La fractale des raviolis» est le genre de livre qu’une fois terminé, avec un rire nerveux, vous regardez en vous demandant quel drôle de tour on vous a joué. 

photomontage © vivelaroseetlelilas

Passionnant enchevêtrement d’histoires savamment diverses et tout à fait dissemblables, «La fractale des raviolis» n’en est pas moins un roman très construit, dans lequel les comptines, parfois drôles, parfois macabres, parfois scientifiques, souvent tout cela à la fois, sont imbriquées comme des poupées russes. On ouvre le livre avec la préméditation d’un meurtre passionnel - avec, dans le rôle de l’instrument de mort, des raviolis - et on le repose avec le piège de la cuisinière se refermant sur celle-ci.
Entre temps, Pierre Raufast a inventé une destinée tragique pour un jeune homme capable de voir les infrarouges et engagé par la police judiciaire, celle d’un arnaqueur de veuves fragiles à l’apparence trompeuse. Mais ce n’est pas tout : un détour est fait par le Marseille du début du 18ème, et on croit alors commencer un nouveau roman historique (avec peste, viols, vols, comme de bien entendu).
Il est donc question dans ce roman aussi improbable que les rats-taupes dont je me refuse à vous dire davantage que la description qu’en fait l’auteur en page 141 (à savoir : une chose de «la taille d’un gros rat, la peau plissée d’un gris rosé, pas de poils, des dents de castor, des petits trous noirs en guise d’yeux.») de stratégie militaire, d’inspiration littéraire, de criminologie et de passion amoureuse. Mais aussi, last but non least, de Résistance et de collaboration.

J’ai deux conseils à vous donner. En fait, trois.
Le premier est de lire ce livre, parce que même s’il y a peu de chances que je puisse vous donner un avis sur les 404 romans français de cette rentrée littéraire, il y en a également très peu pour que vous trouviez aussi délirant dans cette liste. Son propre éditeur en parle comme d'une pochette surprise !
Le deuxième conseil est de le lire d’une traite. Je sais, je sais, j’en entends qui râlent, mais pour apprécier complètement le charme de l’emboîtement des récits, je crois que c’est un service à se rendre.
Le troisième conseil est de vous méfier. Pierre Raufast est un écrivain modeste (louche, n’est-ce pas ?) et sympathique, au contact facile. Mais il invente de petites histoires auxquelles on adhère en quelques phrases, dans lesquelles il est beaucoup question de décès et de perversion. Que nous cache cet auteur ? Un deuxième livre, je l’espère !

«La fractale des raviolis» fait partie des Talents Cultura 2014, qui récompensent chaque année plusieurs premiers romans.
Ici toutes les critiques de la Rentrée littéraire 2014.
 

8 commentaires :

  1. Je n'ai pas encore écrit mon billet mais ça va venir. En tout cas, mon ressenti est identique au tien. J'ai adoré et c'est un livre super addictif, on ne sait jamais ce qui nous attend, c'est la surprise à chaque page. Un petit régal et oui ! on en veut encore ! ;-)
    Totalement d'accord avec toi sur le fait de le lire d'une traite. J'ai fait l'erreur de le commencer tard le soir et j'ai du me forcer à aller me coucher !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, c'est un livre à conseiller aux insomniaques ;) Hâte de lire ton billet alors !

      Supprimer
  2. Ta critique donne très envie. J'adore les livres dont la construction du récit est recherchée. Et ce n'est pas si fréquent il me semble.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup ! Effectivement, les constructions recherchées ne sont pas forcément l'apanage des textes modernes qui privilégient souvent la déconstruction, la fragmentation... (au risque, en disant cela, d'être caricaturale…).

      Supprimer
  3. Et c'est une bonne chose que cultura l'ait mis en avant en effet ! :D

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, peut-être serais-je passée à côté de cette petite pépite sinon !

      Supprimer