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15 septembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #3 : Randy Susan Meyers, Trois secrets

Il y a plusieurs manières de parler de «Trois secrets» de Randy Susan Meyers. L’une d’entre elles serait évidemment de commencer par le succès de «L’impossible pardon», mais je n’ai pas encore lu le premier roman de l’Américaine.

photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Je ne suis d'ailleurs pas certaine de le faire, le pardon dont il est question étant celui de deux sœurs pour leur père - meurtrier de leur mère. Un tel (mélo)drame ne me tente guère. Une autre manière d’aborder «Trois secrets» serait de se demander pourquoi diable le beau titre original de «The comfort of lies», qui est un écho à une pensée d’un personnage du livre, n’a pas été retenu pour la traduction. «Trois secrets» a un côté girly qui ne correspond pas du tout à l’intrigue du livre. Enfin, une dernière manière d’évoquer «Trois secrets» est d’avouer qu’il a suffit du nom de J.Courtney Sullivan sur la couverture pour emporter mon adhésion. Si celle-ci a aimé, c’est que le livre est bon.

Comme chez J.Courtney Sullivan d’ailleurs, le livre fonctionne sur l’alternance de points de vue, essentiellement féminins. Le narrateur, omniscient, se focalise sur un personnage. Cette alternance narrative a un avantage majeur : il n’y a pas de jugement moral. Oui, Tia est, du point de vue de Juliette, une briseuse de ménage, une séductrice. Nathan, pour Tia, était l’homme idéal. Caroline n’a peut-être envie de n’accorder que peu de temps à sa fille, mais elle a cédé à l’adoption par amour pour son mari, Peter.

Au début du roman, alors qu’elle pense que leur liaison est devenue stable et que Nathan va se décider à quitter sa femme, Tia annonce à son amant qu’elle est enceinte de lui. Le charismatique prof de socio se mue en un lâche qui tente de convaincre la jeune femme d’avorter : il ne quittera pas sa femme, ni sa maison, ni ses garçons. Commence alors une période terrible pour Tia, qui décide de garder l’enfant mais de le faire adopter, convaincue que seule, elle ne saura lui offrir le meilleur. Elle-même a été l’enfant unique d’une mère célibataire et si celle-ci l’a rendue heureuse, elle ne souhaite pas reproduire ce schéma, ni surtout revoir à jamais dans les traits de l’enfant ceux de l’amour perdu.
Nathan, désemparé par cet aveu et par la tournure des évènements, révèle l’existence de sa liaison à sa femme, sans mentionner la raison de la rupture d’avec sa maîtresse. D’abord folle de rage, Juliette finit par pardonner à Nathan.

Pendant ce temps, en dehors de Boston, Caroline et Peter élèvent la petite Savannah. Chaque année, Caroline envoie une photo de la petite fille à Tia, avec un mot cordial. Tia, de son côté, perd les pédales de son existence et la goutte d’alcool dans le café devient une habitude… elle rêve de faire tournoyer dans ses bras celle qu’elle appelle encore Honor. Au moment des cinq ans de l’enfant, en pleine crise existentielle, elle envoie à Nathan les photos de leur fille. La lettre est interceptée par Juliette, et la jalousie que celle-ci pensait avoir ensevelie sous le quotidien rassurant de leur foyer éclate, en même temps qu’un désir insensé de voir la petite fille faire partie de leur vie.

«Trois secrets» est un efficace page-turner. Même si rien n’est très original sous le soleil de l’adultère (l’horreur de la trahison, le poison de la jalousie, la possibilité du pardon) Randy Susan Meyers en fait pourtant la trame d’un roman particulièrement passionnant en ce qu’il explore les contradictions auxquelles doivent faire face les femmes modernes. Même si chacune a sa recette pour tenir (le sport, les calmants, le chocolat, l’alcool), Caroline, Tia, Juliette et leurs amies ont quelques difficultés à endosser tous les rôles qu’elles s’assignent ou qu’elles estiment que la société a assigné à leur existence. Travail, maternité, sexualité, tout s’entremêle alors que chacune tente de composer avec son propre passé, ses modèles familiaux, ses peurs, ses espoirs. Caroline, brillante chercheuse en pédiatrie, Juliette, self-made-woman de la cosmétique et Tia, assistante sociale, vont se faire face. Honor/Savannah ne risque-t-elle pas de devenir le jouet de l’ego de ces femmes et de leurs compagnons ?… Finalement, sont-elles si différentes, ces femmes que tout oppose de prime abord ?
L’alternance de points de vue que j’évoquais plus haut a ceci d’excellent que l’auteur pose la question : Caroline ne pourrait-elle pas être Tia par exemple? Au moins une soirée ? Ne sont-elles pas toutes égoïstes ?

Le résultat de leur confrontation, inéluctable, est cependant un beau message d’optimisme. 

Toutes les critiques de la Rentrée littéraire 2014 ici.

6 commentaires :

  1. Merci pour cette nouvelle chronique de rentrée littéraire ! Je trouve assez intéressant de questionner la place de l'enfant au cœur de ce trio. Joue-t-elle un rôle à la fin du livre?

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    1. Comment dire… Répondre en développant, ou même par oui ou par non donnerait trop d'indices sur le dénouement ! Il faudra le lire pour le savoir ;)

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  2. Tu m'as donné envie!! Je l'ajoute à ma liste. :)

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  3. merci pour cet avis, j'avais lu "l'impossible pardon", ça ne m'avait pas tellement marquéé comme lecture, sans être désagréable...mais pour celui-là je suis motivée !

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    1. Je trouve toujours handicapant de parler d'un deuxième livre sans avoir lu le premier, mais pour celui-ci, je n'avais vraiment pas le temps et comme le disais pas non plus terriblement envie. J'espère que "Trois secrets" te plaira alors :)

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