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27 octobre 2014

Heureux les heureux : la tristesse selon Reza

Il faut s’armer de tout son courage pour lire « Heureux les heureux ». Yasmina Reza manie l’ironie dès le titre du roman, écho que l’on pressent sinistre au Sermon sur la montagne.
Dans ce livre que le lecteur appréhende d’abord comme un recueil de nouvelles, les hommes sont d’une lâcheté épouvantable, méchants, cruels, névrosés. Les femmes ne sont pas en reste, résignées ou hystériques, folles de douleur ou alcooliques.

photographie © vivelaroseetlelilas
 
En fait, les liens se tissent peu à peu entre les personnages : certains se connaissent, sont de la même famille. Deux d’entre eux flirtent vaguement ensemble, le fils d’une cancéreuse et une secrétaire médicale. Il y a ces deux couples d’amis qui ne se comprennent plus parce que la tragédie qui occupe deux de ces quatre êtres est tue, même entre ces supposés intimes. La litanie serait longue des avanies que ces humains subissent et font subir à autrui. Le personnage du cancérologue adulé est particulièrement dur. Son histoire personnelle de masochiste donne la nausée – mais pourquoi Yasmina Reza a-t-elle choisi, au tiers du livre, de donner autant envie au lecteur d’abandonner son texte ?
 
Finalement, peu importe que ces personnages soient du même monde, celui d’un univers bourgeois (journalistes, médecin, actrice, etc), qu’ils se fréquentent ou non.
 
C’est un miroir tendu à la désespérance française dans ce qu’elle a de plus effrayant. Anxiété, chagrin, ressentiment, les sentiments qui dominent ce texte sont tous plus noirs les uns que les autres. Certains critiques ont souligné l’humour de l’auteure. Personnellement, absolument saisie par le malaise existentiel des protagonistes et la violence des récits,  je l’ai assez peu remarqué.
Les personnages s’expriment à la première personne, monologuent en boucle. Ils disent l’angoisse de vivre, la petitesse de leur existence, la vacuité de leur pouvoir d’achat. Dix-huit personnages en quête de bonheur – ou le refusant.
 
Un roman chagrin que je conseille à ceux que l’arrivée de l’hiver ne bouleverse pas.

« Heureux les heureux » de Yasmina Reza – Folio 2014
Grand Prix du roman MarieClaire 2013, Prix littéraire Le Monde 2013

4 commentaires :

  1. Ce n'est donc pas pour moi qui a un coeur de mémé qui préfère éviter les perturbations inutiles ;)

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    1. Effectivement, ce n'est pas un livre optimiste sur la nature humaine ;)

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  2. Ce livre m'avait plu (http://www.mylittlediscoveries.com/article-quot-heureux-heureux-quot-yasmina-reza-recit-choral-reussi-118156534.html) mais c'est vrai qu'il est triste!

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    1. Certains passages m'ont davantage plu ou touchée que d'autres (notamment l'histoire du jeune garçon/ de Céline...), mais la noirceur globale m'a largement pesée. Ta critique est effectivement plus enthousiaste.

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