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3 octobre 2014

L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, de Fouad Laroui : des textes à l’élégance humaniste

En tant que bibliophile invétérée, il y a un nombre incalculable de livres que je veux lire, d’auteurs dont je me persuade qu’il devient urgent comme de respirer de découvrir le style, et de classiques qui prennent encore la poussière dans mes étagères. Comme chacun sait, «le paradis, à n’en pas douter, n’est qu’une immense bibliothèque» (Bachelard, dont je n’ai pas lu grand chose), et je dois bien posséder une cinquantaine de livres qui attendent leur heure. Si j’habitais en province, il est à peu près certain que ce serait facilement le double.

photographie © vivelaroseetlelilas

Revenons à cette note sur «L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine» (même si, brossant cette introduction relativement contraire aux moeurs de ce blog, je reste, de fait, dans la thématique qui nous occupe hic et nunc). Un beau jour (où était-ce une nuit ? plaisante un personnage du recueil), j’ai découvert l’existence de Fouad Laroui. Ensuite, j’ai vu apparaître «Une année chez les Français», le titre et l’illustration de couverture m’ont fait sourire. J’ai failli acheter «La femme la plus riche du Yorkshire» mais ce jour-là, j’en avais déjà assez dans les bras. Cette année, en cette rentrée littéraire, Fouad Laroui publie chez Julliard «Les Tribulations du dernier Sijilmassi». Mais je possède déjà beaucoup de livres estampillés «Rentrée littéraire à lire d’urgence». C’est alors que j’avise, petit, tentant, couleur ocre et vert, la tentation raisonnable de «L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine». Parce que ce recueil de nouvelles est relativement court, j’allais pouvoir enfin découvrir cet auteur (sans pour autant prendre trop de retard sur ce qui était à lire pour hier).

Dès la première nouvelle qui donne son nom au livre, je me suis beaucoup amusée. Mais il faut que je vous détrompe immédiatement : ce n’est pas vraiment drôle. Fouad Laroui manie l’humour noir et l’ironie devant la finitude de l’existence, il peint de petites vanités sous le prétexte de nous faire sourire avec des blagues de café. Parfois, c’est vrai, le désenchantement est tristement là et ne se termine qu’à la dernière phrase de la nouvelle («Dislocation»). Sans doute amoureux de Queneau, l’auteur nous invite d’ailleurs avec cette dernière à rentrer dans un exercice de style particulièrement prenant.
Par ailleurs, toutes les nouvelles sont parsemées de réflexions sur la langue, qui est parfois même l’objet du discours des personnages, voire le sujet d’un texte («Ce qui ne s’est pas dit à Bruxelles») qui n’hésitent pas à disserter sur le bon usage des mots… Cher Grevisse, es-tu parmi nous ?

Toutefois, si j’ai particulièrement aimé la forme, le fond m’a plu aussi. Identité («Dislocation», «Né nulle part» notamment), philosophie («Le quart d’heure des philosophes»), incurie des classes dirigeantes («Khouribga ou les lois de l’univers»), lutte des classes («Le garde du corps de Bennani») et révolutions arabes («la nuit d’avant»), Fouad Laroui fait mine de traiter avec légèreté de sujets profonds, pour mieux rappeler une morale humaniste. Des textes d’une élégance rare.


(Suit une discussion oiseuse, qui a lieu à toutes les époques et sous toutes les latitudes, sur le fait de savoir ce que les baleines sont) alors que le peuple meurt de faim (à ce propos, une baleine convenablement dépecée, serait la bienvenue [mais sont-elles halal] ? Victoire de la science et de Nagib réunis : les cétacés sont des mammifères. Fin de la digression.)
  
«L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine» a reçu l’année dernière le prix Goncourt de la nouvelle lors de sa parution chez Julliard.

«L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine» de Fouad Laroui - Pocket 2014

2 commentaires :

  1. Je dois t'avouer que je ne connaissais pas l'auteur mais ton billet très abouti ne peut que donner envie de réparer cette erreur! Je note donc la référence.

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    1. Merci Claire ! (rougissant sous le compliment) Et comme je le disais autrement dans mon billet, l'avantage d'un petit recueil c'est que c'est un peu comme un échantillon ;)

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