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24 octobre 2014

Rentrée littéraire 2014 #9 : Anne-Sophie Brasme, Notre vie antérieure

Voilà un livre qui m’a retournée, mais dont je vais bien être en peine de parler. Parce qu’il y a deux manières d’évoquer «Notre vie antérieure» : dévoiler un élément clé de l’intrigue - ou pas ; ce qui, pour un évènement intervenant à la page 82 d’un livre qui en compte à peine plus de 150, est assez compliqué. Pourtant, après avoir retourné le petit roman au titre prophétique (il y a bien un avant et un après cet évènement), j’ai choisi la seconde option.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas
 
La quatrième de couverture de ce roman commence ainsi : «Bertier aimait Laure, Laure aimait Aurélien et Aurélien aimait la vie.» Par un concours de circonstances comme tous les Parisiens de naissance et de passage en ont connu depuis que Paris est Paris, un jour banal est déclaré jour de fête et un pique-nique improvisé. Laure, la narratrice, s’y rend à reculons. Mais elle rencontre deux êtres que tout oppose, deux amis à la vie à la mort, Aurélien et Bertier, et elle reste à discuter littérature et à boire. Et puis, on pourrait croire que ça va être «Jules et Jim» cette histoire, on sent le ménage à trois, l’auteure de nous dépeindre bientôt leur «tourbillon de la vie».

Mais non, pas du tout, on s’est trompé. Pour son troisième livre, la jeune Anne-Sophie Brasme se met au contraire dans la peau sèche et ridée d’une sexagénaire («les muscles tendus», «droite, intransigeante») qui se souvient enfin de cette année 1991 et de celle qui l’a suivie. De ce qui a fait d’elle une écrivaine. Qui l’a conduite à épouser Tristan, son éditeur. Laure Narsan se rappelle avec acuité, alors qu’elle avait jusque là enfoui, refoulé tous ses souvenirs, la jeune romancière qu’elle devenait, ne sachant que faire aux réceptions, à qui parler dans les dîners mondains. Anne-Sophie Brasme a certainement puisé dans sa propre expérience, puisqu’elle même a connu le succès très jeune, en 2001, à dix-sept ans. Son avatar, Laure Narsan,  «fend donc l’armure», comme on dit vulgairement. Mais c’est elle-même qui use et abuse de cette image de la carapace.

La construction du texte repose sur l’alternance de passages du roman qu’écrit Laure et d’extraits de son journal, dans lesquels elle évoque ses rituels quotidiens. Les thématiques des deux récits, le roman fictif et le méta-roman fictif finissent inévitablement par revenir à ce qui l’obsède : cet évènement survenu plus de quarante ans auparavant, revenu la hanter, et que je vous conseille particulièrement de découvrir.
Il y a, dans cette remémoration, quelque chose du «Ravissement de Lol. V Stein» qui étreint le cœur.

«Notre vie antérieure» d’Anne-Sophie Brasme - Fayard 2014

Note : L'adaptation du premier roman d'Anne-Sophie Brasme par Mélanie Laurent, «Respire», sort au cinéma le 12 novembre prochain.

Ici, toutes les critiques de la Rentrée littéraire 2014.

4 commentaires :

  1. Tu sais comme personne, donner envie de lire un livre, qui ne nous aurait pas attiré de premier abord.
    Je le note, je le note :)

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  2. De nouveaux partenaires sur la droite ^^

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