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28 novembre 2014

Je t’écoute : la triste vita de Diego Tribeca

Étrange que ce roman sentimental, épicé d’une légère touche de fantastique. Federica de Paolis imagine un dénommé Diego, qui travaille pour des guides de voyages et court le monde depuis des années. Un accident l'oblige à rentrer en Italie pour se faire opérer sous peine de perdre la vision partiellement, forcé de s’installer dans l'appartement où il a grandi. Celui-ci est inoccupé depuis que sa sœur Sandra s’est installée aux États- Unis avec son mari.

photomontage © vivelaroseetlelilas

Le fantastique intervient extrêmement vite : Diego se rend immédiatement compte que la ligne téléphonique de l’appartement permet d’écouter les conversations entrantes et sortantes de tout l’immeuble. Très seul, en proie à une certaine détresse du fait de cette inactivité forcée et de l’approche de la quarantaine, l’écoute de ses voisins devient rapidement addictive : Diego n’a guère vécu même s’il a sillonné la planète et il se repaît de ces vies qui s’offrent entièrement. En effet, il a accès à toutes les versions que peuvent donner une famille, un couple… de leur quotidien, de leurs problèmes de santé, sentimentaux ou sexuels.

Tout aussi vite, il choisit d’interférer dans leur vie : il rencontre Martha, qui espère guérir de son cancer, il s’intéresse beaucoup au couple que forment Pietro et Agnese, au point de les photographier et d’envoyer le cliché à l’artiste contemporain Ron Mueck, il s’inquiète pour «l’aigrette», jeune fille anorexique dont la mère semble pas vouloir regarder la maigreur.

Je n’ai été que partiellement convaincue par ce roman. D’abord, le personnage de Diego n’est guère sympathique. Certes, ce n’est pas forcément une raison pour ne pas apprécier un protagoniste. Mais en l’occurrence, un homme qui suscite davantage d’empathie, aurait sans doute davantage convenu.

Ensuite, j’ai été gênée par le fait que les habitants de l’immeuble soient aussi réceptifs à cet homme revenu de loin et surtout de tout – de nos jours, les gens sont-ils vraiment aussi confiants ? Cela est très improbable, même si le fantastique autorise des libertés d’écriture.
Enfin, le traitement des scènes de sexe … que dire ? Je ne pense que pas que cela soit la traduction de l’italien, l’auteure a dû réellement écrire des choses aussi crues que «elle se l’enfile elle-même» et utiliser la récurrence du verbe «baiser». Une certaine vulgarité gratuite qui détonne avec le reste du texte, au registre plutôt mélancolique et introspectif. La chair est triste dans «Je t’écoute».

En définitive, «Je t’écoute» m’a plu dans son déroulé narratif, car on découvre la vie d’un immeuble, d’une petite communauté qui se rassemble, et le fait qu’à force de découvrir les secrets des autres, Diego finisse par devoir se confronter aux siens, comme un juste retour des choses, m’a amusée. La sensation d’avoir affaire à un texte inégal n’en demeure pas moins gênante. Sauf à considérer «Je t’écoute» comme totalement inclassable, ce que certains, tombés sous le charme, ont décrété.

« Je t’écoute » de Federica de Paolis – Le Livre de poche 2014

2 commentaires :

  1. En lisant le début de ta chronique, j'étais totalement emballée ! Le résumé me rappelle beaucoup "Fenêtre sur cour" d'Hitchcock dans son principe : le type coincé chez lui qui s'ennuie et espionne ses voisins.
    Et puis, on ressent bien ta déception et on est déçu aussi ! ^^ C'est tellement dommage, ce livre aurait pu être une vraie réussite. Tu as raison concernant les gens, j'imagine très mal aussi des personnes laissant des inconnus voire même leurs voisins interférer comme ça dans leur vie. ( Personnellement, j'évite mes voisins au maximum, ne raconte jamais rien de ma vie, pour éviter ce genre de choses justement !)
    Pour les scènes de sexe, je me suis faite la même réflexion lors de ma dernière lecture, le vocabulaire employé par l'auteur ne collait pas du tout avec le ton qu'il employait dans le reste du texte.

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    1. Effectivement il y a ce côté "Fenêtre sur cour", mais je n'avais pas osé citer le film car, forcément, bcp de critiques et blogueurs l'ont déjà fait ! Mais c'est gentil de le rajouter à ma chronique, qui, in fine, serait incomplète sans ce clin d'oeil ;) Je crois que tu as tout à fait compris mon état d'esprit : je voulais être emballée, je voulais être emportée par cette Amélie Poulain au masculin mais ça n'a pas fonctionné aussi bien que ce que j'aurais cru !

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