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13 novembre 2014

Les Jacarandas de Téhéran : d’une révolution à l’autre, parcours poignants

«Les Jacarandas de Téhéran» est un roman terrible. Il débute alors que la Révolution iranienne est confisquée par les religieux. La République islamique instaurée, certains ont choisi, malgré tout, de continuer la lutte, de résister à la nouvelle forme qu’a pris l’oppression. Ce sont ces hommes et ces femmes fous de courage, épris de liberté, que nous rencontrons au seuil du roman. Ils ont autour de vingt-cinq ans. Certains ne ressortiront jamais des geôles du régime, une fois emprisonnés et torturés…
 
photomontage © vivelaroseetlelilas

Parfois ces jeunes engagés sont également de jeunes parents, et les enfants de ces prisonniers politiques sont élevés par leurs proches. Parfois, il arrive même qu’ils naissent en prison… C’est le cas de Neda, la fille d’Azar. C’est avec elle que débute le roman - et qu’il se termine.
 
L’emboîtement des histoires et des temporalités, entre la répression du début des années 80 et la révolution de 2009, nous donne à connaître sa famille étendue, ses cousins plus ou moins lointains, tous passés à un moment à l’ombre du jacaranda de Zinat. L'aïeule bienveillante a tenté de protéger leurs premiers pas des bombardements irakiens comme des ennemis de leurs parents, aidée par sa fille Leïla, qui a refusé de s’enfuir - et a éduqué les enfants des autres : Neda, Forugh, Dante, Sara, Omid…
 
L’histoire de Sheida, à qui sa mère fait croire pendant des années que son père est décédé d’un cancer, submerge le lecteur d’épouvante. Le choix de Maryam se défendait, la quête du père tout autant. Lorsque le secret éclate, tout se brise : «Sheida fixe sa mère, muette, abasourdie. C’est comme si son père venait tout juste de mourir, comme si des décennies n’étaient pas passées. Maryam est toujours là, dans cette vieille maison, en train de regarder son mari à qui on bande les yeux et qu’on emmène. Elle ne l’a jamais quitté, ne s’est jamais éloignée de ce moment. Elle s’est enterrée vivante au milieu de toutes les choses qui ont échoué, qui n’ont été qu’un anéantissement.»

Le style de l’auteur, malgré le propos terrifiant qu’il soutient, reste léger, parfois même perce un certain humour noir : ainsi cette peur des claquettes immondes des gardiens de la révolution me hantera peut-être encore davantage que leur description glaçante puisque parfois, on a envie de rire de ces silhouettes aussi menaçantes que ridicules. J’ai pensé à «Persepolis», de Marjane Satrapi.

Sahar Delijani est néé en prison comme Neda. Elle raconte, grâce à ce double littéraire, l’Iran contemporain, post-révolutionnaire et actuel. Sans doute cette dimension autobiographique ajoute-t-elle à l’émotion qui étreint souvent à la lecture de ce premier roman.
Sur le blog, un petit livre plus léger sur l’Iran post-révolutionnaire, regardé du point de vue de l’exil.

4 commentaires :

  1. Je n'avais jamais entendu parler de ce titre mais il a l'air vraiment très intéressant. Je note la référence.
    Merci pour cette découverte!

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    1. Il est vraiment dommage qu'il n'y ait pas eu davantage de presse au sujet de ce livre. Il est sorti en avril dernier, je ne suis pas particulièrement en avance donc, mais je tenais à en parler tant il est intéressant et émouvant. Excellente lecture si tu en as l'occasion :)

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  2. C'est vrai que ce titre est passé totalement inaperçu et c'est une chance que tu en parles ! Je suis preneuse dès qu'il s'agit du Moyen-Orient et ce titre est fait pour moi. Mille mercis à toi pour la découverte !

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    1. J'espère qu'il te plaira autant qu'à moi alors, même si le sujet est grave !

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