barre horizontale




22 novembre 2014

Sans oublier d’Ariane Bois : tomber, se relever

Après « Et les jours pour eux seront comme les nuits » et  « Hannah », Ariane Bois clôt cette année une trilogie marquée par la perte avec « Sans oublier ». Dans ce livre douloureux, en partie autobiographique, l’écrivaine évoque le décès de sa mère, alors qu’elle n’a pas trente ans. Déjà privée de son frère, qui avait suivi le mot de Nizan et s’était suicidé à vingt ans, l’héroïne bascule dans le plus profond chagrin.


D’abord il y a le choc de l’accident, de l’annonce mondialement diffusée de la mort maternelle, l’hélicoptère écrasé en URSS, la terrible nouvelle qui dévaste et isole. Ensuite, l’impossibilité d’envisager le deuil enfonce celle-ci dans la dépression. Le lecteur chute avec la communicante désormais incapable de se rendre à son travail, de s’occuper de ses enfants, d’aimer son mari.

La spirale infernale du doute de soi, de l’estime perdue, des calmants puissants se referme sur elle, lentement mais sûrement. Jusqu’où faut-il tomber pour se relever ? Malgré les tentatives des autres pour l’aider, la narratrice souffre toujours davantage. Elle fugue. Un peu, puis beaucoup. Elle se souvient trop de sa mère adulée, à la profession de rêve : reporter (« On ne frimait pas, c’était ainsi. Son travail, sa vie, et finalement sa mort, loin, si loin de nous. ») ; de son enfance engagée (« on défilait contre le nucléaire à Fessenheim et la militarisation du Larzac en attendant le Grand soir. »).
Mais à force, les vivants en perdent leur consistance et elle s’éloigne, encore et encore.

Dans ce livre difficile, qui renverra les uns et les autres à ses propres morts, à ses propres deuils, à ses propres souvenirs, l’auteure trouve les mots justes pour parler de la solitude de cette femme moderne. Jamais nommée, comme « l’Homme » qui partage sa vie, cette dernière devient elle-même fantôme à force de converser avec les spectres qui la hantent.

La résilience arrive, enfin, par des chemins détournés, grâce au secret de famille mis au jour dans une province lointaine, et qui permet d’expliquer, de comprendre, - de vivre à nouveau. Un récit sans doute cathartique pour son auteure.

Ce livre a reçu le prix Charles-Exbrayat 2014.

4 commentaires :

  1. Un livre poignant avec de l'émotion tout au long de la lecture

    RépondreSupprimer
  2. Ça a l'air trop dur pour un mois de Novembre.... Trop dur tout court d'ailleurs....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que c'est un peu dur pour novembre, et qu'il n'est pt pas à mettre absolument entre toutes les mains.

      Supprimer