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21 décembre 2014

A travers les champs bleus douloureux de Claire Keegan

Claire Keegan n’est plus femme à présenter aux passionnés de littérature irlandaise. Depuis «L’Antarctique», et après «Les trois lumières», l’auteure livre avec «A travers les champs bleus» un second recueil de nouvelles.
Admiratrice du talent de conteuse de l’écrivaine, j’avais hâte de me plonger à nouveau dans son univers, aussi austère, vif et rude soit-il. Alors, que dire de ces «Champs bleus» ?

photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Au sens premier du terme, la nouvelle, à l’inverse du conte, relate des faits authentiques. Et qu’elles paraissent vraies, ces vies sévères de paysans durs au mal, de ces parents violents, qu’ils semblent vivants ces amours brisées et qu’elles font frissonner ces mesquineries acerbes, ces brutaux accès de colère et ces gestes terribles et irréversibles.
Mais sans doute ce fut trop. Le prêtre amoureux déçu, l’adieu d’une fille à son père incestueux, l’écrivaine solitaire. Le cycle des saisons, le cycle des amours, la naissance et la mort du désir. Les éléments primordiaux, toujours les mêmes paysages arides. Cette fois, à ma grande surprise, je n’ai pas adhéré à la langue de l’auteure, pourtant toujours traduite par la même Jaqueline Odin.

Loin d’atteindre l’intensité de «La fille du forestier», selon moi la meilleure nouvelle d’ «A travers les champs bleus», la plupart des textes ressassent les mêmes paraboles autour de l’enfance perdue, de l’enfance souillée, de l’impuissance des adultes, de leurs faiblesses. De «La mort lente et douloureuse», évoquant une intrusion dans une résidence pour écrivains aux «Chevaux noirs», qui raconte comment un homme a chassé la femme de sa vie, j’ai trouvé une certaine facilité dans l’évocation du trauma, des névroses.

«Judge se félicite de ne pas savoir parler. Il n'a jamais compris l'obligation qu'ont les humains de converser : les gens, quand ils parlent, disent des choses inutiles qui améliorent rarement, pour ne pas dire jamais, leur existence. Leurs paroles les attristent. Pourquoi ne peuvent-ils pas se taire et s'embrasser ? La femme pleure à présent.»

Bien qu’elle sache à merveille cantonner la modernité à la lisière du traditionnel travail ingrat de la terre, loin de Dublin, Claire Keegan ne saurait toujours emprunter ce chemin de douleur à moins de lasser certains de ses lecteurs.

Et vous, avez-vous eu l'occasion de lire Claire Keegan ?

2 commentaires :

  1. Dessine-moi un mouton21 décembre 2014 à 22:58

    En effet, de tels thèmes traités à répétition peuvent aussi perdre de leur effet dramatique et psychologique...

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    1. Il y a bien quelques petites variations (la nouvelle qui voit un fils rejoindre sa mère aux US pour son anniversaire), mais pas dans le fond...

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