barre horizontale




16 décembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #11 : Clara Dupont-Monod, Le roi disait que j’étais diable

Qu’imagine-t-on d’Aliénor d’Aquitaine ? Une femme fière, altière ? Que sait-on d’elle ? Était-elle sorcière ? Sur le bliaut de cette reine, on a beaucoup écrit, beaucoup rêvé, sans doute beaucoup fantasmé. Et cela est bien normal : reine de France puis d’Angleterre, héritière de la féodalité la plus brutale mais aussi symbole de l’amour courtois, Aliénor est fascinante, par-delà le temps. 

photomontage © vivelaroseetlelilas

Cette reine du XIIème siècle, Clara Dupont-Monod a choisi de la faire revivre essentiellement durant son mariage avec Louis XII. Ils n’ont pas vingt ans, puisqu’elle se marie à 13 (ou 15 ans, les sources n’étant pas concordantes sur sa date de naissance) avec l’héritier de Louis le Gros. La romancière nous dépeint non pas une adolescente que l’on pourrait croire craintive à l’idée de quitter ses terres, son peuple, son pays, mais ulcérée par cette union qui la rapproche d’un homme qu’elle méprise. Aliénor d’Aquitaine est une femme du Moyen-Âge central qui se vit encore largement, dans la description qu’en fait Clara Dupont-Monod, comme une reine du Haut Moyen-Âge : seules comptent la force et l’autorité. Alors que le roi, lui, est plutôt du côté du pouvoir fondé sur le droit, et non seulement sur le sang répandu lors des batailles gagnées.
 
De ce couple dès le début bien mal assorti, il était donc forcément intéressant pour un écrivain de faire naître un dialogue de cette dialectique. Ainsi, tour à tour, Aliénor et Louis prennent la parole. Elle, colérique, révoltée, provocatrice, raconte avec arrogance. Elle pleure sans larmes, amèrement, la puissance et les honneurs perdus, la petitesse du Royaume de France, sa pauvreté, moque la passion du roi pour un Dieu qu’elle reconnaît à peine. Elle regrette la langue d’Oc, les flatteries, le confort, la nature enchantée de l’Aquitaine. De son côté Louis espère un jour conquérir, par la douceur, cette femme qu’il ne finit par séduire qu’en se lançant dans la deuxième croisade (réconciliant son appétit guerrier à elle et sa piété à lui). Comme sa femme, il rumine le désamour qui unit leur couple et rêve à d’autres lendemains  ensemble. Cela n’arrivera pas, l’histoire est écrite et le lecteur la connaît mais il lit, captivé, les propos de ces deux héros médiévaux qui n’auront jamais de cesse de nous intriguer.

«Tu le vois : le pouvoir, mon Aliénor, n'a rien à faire avec les armes que tu chéris. La conquête morale sera toujours plus haute que celle des terres. »

On sait gré à l’auteure de rappeler les libertés prises avec les sources historiques. Ainsi, on trouvera dans « Le roi disait que j’étais diable » Aliénor bien plus Mélusine qu’elle ne fut en réalité.

Un roman historique admirablement mené mais malheureusement trop court !

Lecture dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten.

4 commentaires :

  1. De Clara Dupont-Monod, avais-tu lu d'autres romans historiques ? J'ai bien aimé la Passion selon Juette !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Moi aussi, j'avais adoré ce texte ! Il m'avait complètement nouée, mais j'étais captivée ;)

      Supprimer
  2. Pareil ! Pour moi "La Folie du roi Marc" ça a été une magnifique lecture !

    Pour en savoir plus sur l'auteure (http://www.telerama.fr/radio/clara-dupont-monod-ou-la-litterature-dans-le-boudoir,88793.php) et sur La Passion selon Juette (http://www.telerama.fr/livre/21782-la_passion_selon_juette.php)

    RépondreSupprimer