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27 janvier 2015

L'enfant de l'étranger, une nostalgie de l'aristocratie chez Hollinghurst ?

«L’enfant de l’étranger» est un superbe titre, plein de promesses. Il faut dire qu’il est tiré d’un vers de Tennyson («The Stranger's Child»). On lit Tennyson à voix haute, aux Deux Arpents, chez les Sawle, les parents de Daphné et George, comme chez les Valance. Ah, ce cher Cecil Valance…

photomontage © vivelaroseetlelilas (Cambridge, évidemment)
 
Le roman s’ouvre avec le siècle. C’est le crépuscule d’un monde que certains entrevoient et d’autres se cachent, tandis que Cecil et George sont amants à Cambridge. A l’époque, cette homosexualité renvoie quasi à l’éducation grecque antique. Leurs sociétés secrètes sont autant des clubs gays que des cercles intellectuels. Cecil séduit cependant à tout va - même la sœur de son George adoré. La Grande Guerre le fauche, et, au risque de l’anachronisme, je simplifierai en disant qu’il fait «un beau cadavre».

J’ai été très intéressée par l’antagonisme entre, d’une part, les critiques «presse», essentiellement louangeuses, et, d’autre part, des critiques désabusées de lecteurs, sur les blogs, les forums. Tandis que les uns célèbrent un roman généreux, ambitieux, les autres reprochent des longueurs et des partis pris stylistiques déroutants. Personnellement, tout cela me semble juste.

On traverse le siècle, guidé par la persistance de la figure de Cecil Valance. Insupportable, fat, guindé, peut-être bien pire encore - Alan Hollinghurst laisse le lecteur en juger -, Cecil obsède le présent puis hante les souvenirs de ceux qui l’ont connu, aimé, ou simplement croisé. Après près de 800 pages, force est de constater que Ceci a fini par m’obséder, moi aussi. Cette Angleterre mythique qui n’en finit pas de mourir, dont le déclin n’empêche pas les ultimes caprices de son aristocratie toujours plus désargentée est passionnante.

Dans ce livre, il y a des secrets que l’on n’attendait plus, des révélations qui n’en sont pas, des personnages extravagants et le vingtième siècle qui relègue les vieux aristocrates dans des appartements excentrés, assistés de vieux enfants légèrement retardés...

Je ne doute pas que certains critiques aient lu le livre bien plus vite que d’autres lecteurs. Ainsi, je peux comprendre que la longueur puisse rebuter, car Alan Hollinghurst prend le temps de camper les caractères - qui sont pour lui révélateurs des époques, bien plus que l’inverse. L’Histoire est là - mais à la lisière du roman. Personnellement, j’ai apprécié la lecture de «L’enfant de l’étranger» et aimé ce livre. Malgré la dernière partie, presque lourde à mon sens. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens après cette lecture : plus on avance dans le roman, dans le siècle, moins les personnages sont mémorables ; plus ils sont au contraires petits, mesquins, limités.
 
La grandeur de l’aristocratie semble manquer à l’auteur alors même qu’il ironise sans cesse sur elle (le talent littéraire surestimé de Cecil, les tares diverses). Ce roman est-il passéiste ? Alan Hollinghurst veut-il nous dire qu’en l'absence de guerre, qu’en l’absence de distinction de classes sociales, la figure du héros disparaîtrait inexorablement ? Est-ce pour cela que la dernière partie brille par l’ennui dégagé par le personnage du biographe de Cecil ?
Autant de questions que ce livre, peut-être, cherche aussi à soulever dans l’esprit du lecteur. Et c’est pourquoi je vous invite à promptement lire ce roman afin d’en discuter !

«L’enfant de l’étranger» d’Alan Hollinghurst - Le Livre de poche 2015

21 janvier 2015

De Thomas O’Reilly à Élise Fontenaille-N’Diaye, le devoir de mémoire du Blue Book

Bien que la présentation de Calmann-Lévy nous précise qu’avec ce « Blue Book », l’auteure, Élise Fontenaille-N’Diaye, livre un point de vue personnel sur une page atrocement sombre du colonialisme allemand, il n’en demeure pas moins que ce roman est très proche de l’essai historique. 
Les protagonistes du drame, bourreaux allemands, victimes africaines, sont nommés avec soin. Il s’agit bien là d’un travail de mémoire terrible qu’a accompli l’écrivaine, à propos de ce moment où l’actuelle Namibie subit la domination allemande de 1883 à 1916.

photomontage © vivelaroseetlelilas

En remontant le temps et en descendant jusqu’à ce territoire situé au nord de l’Afrique du Sud, celle-ci donne à entendre au lecteur le récit glaçant d’un ordre d’extermination général, celui des Héréros. De la colonisation allemande en Afrique je ne savais quasi rien : comparées aux empires britanniques, français, espagnol ou encore portugais, les possessions allemandes m’étaient inconnues. J’ai découvert avec ce « Blue book » l’histoire de l’une d’entre elle, écrite dans un bain de sang effroyable. Beaucoup de lecteurs découvriront avec un grand intérêt les deux peuples présents sur ce territoire, les Namas, dirigés par le preux et cultivé Hendrik Witbooi et les Héréros, qui ont tenté de se venger des colons sous la férule de Samuel Maharero. La liste des oppresseurs allemands commence avec un nom sinistre, celui de Heinrich Ernst Göring (père du bourreau nazi), continue avec Curt von François, puis Theodor Leutwein, lequel ne cherche pas à éviter la révolte des Héréros - qui précipite le déroulé des atrocités. C’est cette révolte qui induit l’arrivée dans le Sud-Ouest africain du « Requin », de « l’Exterminateur » : Von Trotha. Son successeur, Von Lindequist, s’intéressera davantage à la flore et à la faune locale qu’aux indigènes : la déportation des survivants du génocide orchestré par Von Trotha sur une petite île inhospitalière ne le passionne guère.

L’existence du camp de concentration sur l’île de Shark Island (aussi appelée « Death Island » par les Anglo-Saxons) m’était inconnue. Après la lecture d’ Élise Fontenaille-N’Diaye, je ne pourrais jamais oublier les supplices de la population qui y fut entravée, forcée à d’inhumains travaux et soumise à de terribles sévices.

Quant au titre, il faut tout de même en dire quelque chose tant il est important. Il rend hommage au travail d’enquête de Thomas O’Reilly, ce juge britannique qui, à partir de 1917, recueillit sur mandat de son administration témoignages, photographies qui formèrent le rapport dit « Blue book» (intitulé « Union of South Africa -- Report On The Natives Of South-West Africa And Their Treatment By Germany»). Ce rapport est rédigé avec une grande sincérité par le magistrat, mais l’Empire britannique avait avant tout besoin d’un élément de plus à charge contre l’Allemagne pour peser sur les négociations du traité de Versailles. Après la mort d’O’Reilly, les exemplaires du livre sont tous rappelés… Vous en saurez davantage en lisant ce texte historico-bibliographique.

J’ai tourné les pages lentement, parce que je me demandais si l’horreur serait plus terrible encore la page d’après. C’est la gorge nouée que l’on referme ce texte, sans aucun doute aussi essentiel qu'asphyxiant.

« Blue Book » d'Élise Fontenaille-N’Diaye – Calmann-Lévy 2015

19 janvier 2015

Ping Pong Summer : le Radical (et acidulé) Miracle de Michael Tully

C’était il y a bientôt trente ans. Le ping pong était super cool, les ghetto-blaster se portaient sur l’épaule, on écoutait encore John Cafferty & The Beaver Brown Band mais les ados se mettaient aux Fat Boys.
 
Époque qui semble bien lointaine, surtout vue à travers le prisme presque psychédélique de Michael Tully avec «Ping Pong Summer». Gourmandise presque trop sucrée, le film se regarde avec un vrai bonheur - celui qu’ont eu les acteurs et l’équipe à le tourner (si on pouvait en douter, il suffit de jeter un œil aux sympathiques petits bonus du DVD).

En 1985 donc, dans le Maryland, Rad Miracle, un ado tout timide se perfectionne à la beatbox une salle de bains. Il vient de débarquer, comme chaque année, à Ocean City, cité balnéaire de la côte est des États-Unis...


Cet été-là, pourtant, tout est différent : il se fait un ami dont il devient immédiatement inséparable - un as de la danse et de l’impro, le hip hop dans le sang comme antidote à l’indifférence paternelle. Il y a la découverte de cette salle d’arcade incroyable (rappel : ce sont les eighties !), le Fun Hub, les défis de ping pong.
Mais surtout, il y a Stacy. Stacy Summers sort avec le méchant, on est dans la fin de l’esprit de «La fureur de vivre», de «Grease», il y a des bandes, de belles voitures et ces jolies filles qui décident des gagnants et des perdants. Il y a les intimidations, les initiations  - la quête de soi et des autres. Michael Tully n'a pas eu à chercher bien loin pour penser au reniflage de cassettes audio, il admet bien volontiers que le film tient beaucoup à ses propres souvenirs de vacances à Ocean City !

Marcello Conte est Radical Miracle.
 
Dans ce microcosme de collégiens désœuvrés par l’été, Rad Miracle va devoir se dépasser pour épater Stacy, qui garde la paille de sa boisson sucrée rivée aux lèvres. Quelques brèves apparitions de Susan Sarandon, sympathique mais un peu prévisible en coach brusque seront nécessaires pour parachever la métamorphose du looser en compétiteur.

C’est donc un joli film sur l’adolescence - tout comme un film de génération, car le milieu des années 80 est reconstitué des baskets Nike aux bijoux XXL - pas besoin de relooker la ville, qui est restée dans son jus. Forcément feelgood movie, logiquement teenage movie et rétro, comment qualifier cette gourmandise dance au mieux ?

Les plus jeunes croiront à un documentaire archéologique, d’autres reverront une adolescence sans portable, avec des adultes rescapés du rêve hippie…
Réfugiez-vous dans cette bande-dessinée colorée et dynamique, en compagnie de ce «young champion». C’est too much, c’est pour ça que c’est bon.



Sorti en salles l'été dernier, il est disponible en DVD depuis le 4 novembre dernier. Reste à voir si les films de 2015 sur cette thématique de l'adolescence soutiennent la comparaison !

«Ping Pong Summer» de Michael Tully avec Marcello Conte, Lea Thompson,… et Susan Sarandon - DVD Potemkine Films 2014

Retrouvez le top films avec mon partenaire Cinetrafic, ainsi que d'autres films sur l’adolescence
Challenge CinéClub de Potzina.

15 janvier 2015

Les Luminaires, le suspense so 19ème réinventé par Eleanor Catton

La ruée vers l’or, ce sont des images de découvertes de gisements, dans le fond d’une mine. L’éclat de l’or dans des mains meurtries par la soif de la découverte, de l’aventure, de l’argent. Si celle-ci est, dans l’imaginaire collectif, essentiellement liée aux États-Unis d’Amérique, il y eut également des mouvements de migration liés au métal précieux en Nouvelle-Zélande, au 19ème siècle.
 
montage © vivelaroseetlelilas (Double Star)

Eleanor Catton, aussi brillante que jeune romancière, a reçu le Man Booker Prize en 2013 pour cette somme de près de mille pages, «Les Luminaires», dont l’action prend place à ce moment clé de l’histoire de l’Aotearoa (le nom du pays en maori). La narration débute le 27 janvier 1866, mais il s’agit, en fait, dans tout le roman, de connaître ce qui s’est passé une certaine nuit, celle du 14 janvier.

La structure du livre est très particulière : pendant 410 pages, douze hommes racontent à un treizième, fraîchement débarqué dans la «bonne» ville d’Hokitika, ce qui motive leur rencontre dans un modeste hôtel... Walter Moody, jeune britannique fraichement débarqué en Nouvelle Zélande, est ainsi plongé immédiatement dans le grand bain de l’aventure qu’il est venu chercher : le mystère lui saute à la gorge, avec émotion. Cette nuit-là, dans la vallée de l’Ahahura, un homme est mort dans sa maison solitaire. Du décès (naturel ? provoqué ?) du chercheur d’or ont immédiatement découlé de nombreuses conséquences qui ont imposé la tenue de cette réunion secrète, qui rassemble aussi bien Anglais que Chinois, et des hommes bien différents : journaliste, apothicaire, courtier, diggers...

Après les principaux récits des hommes présents, l’action débute ainsi concrètement : on sort de la relation des évènements passés pour vivre l’éclaircissement de l’affaire en même temps que les protagonistes.

C’est dire que l’auteure de «La répétition» installe le décor pour le lecteur. Eleanor Catton prend tout de même le risque de l’effrayer, car si la deuxième partie est assez entraînante, la lecture de la première fut pour moi relativement fastidieuse, malgré le talent de la romancière.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce livre, qui réussit cependant le tour de force de faire patienter des centaines et des centaines de pages jusqu’à la résolution des imbrications des histoires de la prostituée Anna, de la brute Carver, du politicien honteux Alistair Lauderback, du jeune premier Emery Staines, porté disparu, et des autres
. Certains personnages sont empreints d’une humanité touchante : l’aumônier Cowell Devlin, par exemple. Ce n’est pas le cas des femmes, qu’Eleanor Catton a voulu fortes, dures, au contraire des romans populaires du 19ème qui en faisaient de faibles créatures - romans dont elle livre avec «Les Luminaires» un pastiche très réussi (vocabulaire d’époque, introduction «au coin du feu» and so and).

Il y a, dans ce roman, de nombreuses références à l’astrologie. Il n’est pas nécessaire du tout de se passionner pour celle-ci pour comprendre l’intrigue du livre, il s’agit d’un cadre que s’est imposé l’auteure ; mais il est sans doute simplement intéressant de pouvoir dire que les luminaires, ce sont les deux principaux astres : le soleil et la lune.
 
Eleanor Catton photo © vivelaroseetlelilas Rencontre Babelio à l'Ambassade de Nouvelle Zélande
 
De nombreuses lunes vous seront nécessaires pour terminer ce livre, dont la résolution finale du suspens qui le tend tout du long est une belle récompense !

12 janvier 2015

La route de Beit Zera : drame sous le lac de Tibériade

« Sous le lac de Tibériade, près de Beit Zera, il y avait une maison, et dans cette maison vivaient un homme et une chienne. » Cette toute première phrase du nouveau roman d’Hubert Mingarelli annonce son récit en forme de conte philosophique, mettant principalement en scène un homme qui vit, isolé, sous le lac de Tibériade, près du kibboutz de Beit Zera.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas

L’auteur use d’un style dépouillé pour évoquer l'histoire tragique de Stépan Kolirin, cet homme qui vit avec sa chienne sous le lac de Tibériade. Le drame intervient le jour où Yankel, son fils, tue un Arabe. Stépan aide alors Yankel à fuir la justice. Stépan se débrouille pour le cacher jusqu'à ce que Yankel parte le plus loin possible de la route de Beit Zera... Depuis l'évasion de son fils unique, Stépan compte les années en fabriquant de simples boîtes en carton : après avoir perdu Yankel, il a perdu le sommeil, puis son travail. Pendant qu’il assemble ces emballages payés à la pièce, Stépan évite de penser. Parfois, le soir, il rêve à la Nouvelle Zélande, où s’est réfugié Yankel.

Le temps passe, lentement. La chienne de Stépan montre cependant des signes de faiblesse, puis de maladie. Un étrange garçon, Amghar, les visite désormais, l’homme et la chienne. Mais qui vient-il voir vraiment ? L’homme ou l’animal ?

La civilisation, comme la nature dont est environné Stépan, est menaçante. L’opposition nature/culture n’a pas lieu d’être : la forêt est sombre, tout comme la route qui mène à Beit Zera, et les hommes mauvais et terrifiés. C'est certes le Juif qui a tiré. Mais l'Arabe, sur la route de Beit Zera, avait peur lui aussi. La tolérance est-elle encore possible sur cette terre de souffrance ? Le pardon envisageable ?

Hubert Mingarelli signe un texte âpre, dépouillé et secret sur une douleur muette tout autant individuelle que collective.
Un roman haletant qui m’a permis de découvrir cet auteur, pourtant prolifique ! C'est un livre qui plaira tout autant aux spécialistes du conflit israélo-palestinien qu'aux amateurs d'histoires courtes, poétiques et percutantes.

7 janvier 2015

Un membre permanent de la famille : la tragi-comédie US de Russell Banks

Douze nouvelles pour un recueil fort attendu de la part d’un éminent représentant des lettres américaines : du nord de l’État de New-York en descendant jusqu’à la Floride, chroniques modernes de vies cabossées, simplement creuses ou tout à fait borderline. Parfois racontées à la première personne, parfois par un narrateur extérieur, ces petites histoires sombres disent à leur manière combien chacun vit seul et n’a rien à attendre de son prochain - surtout de bienveillant...

photomontage © vivelaroseetlelilas

Certaines de ces nouvelles ont des thèmes particulièrement attendus pour des auteurs nord-américains : la mort du chien, le divorce, la liste de courses…

Chroniques amères de la côte est, où le bonheur semble être relégué dans les marges de l’existence. Héritier de Raymond Carver, Russell Banks dessine une Amérique du 21ème siècle sans doute comme Hopper l’aurait peinte. Tragiquement banale, banalement violente. Les courageux, les belles âmes sont celles qui sont brisées le plus rapidement, les meilleurs partent les premiers, restent les ingrats, les profiteurs, les jaloux, les alcooliques.

Une peur diffuse irradie tout le recueil, comme si on craignait sans cesse le pire pour les protagonistes, qui ne sont pourtant parfois vraiment pas des enfants de cœur. Exclus, déclassés, malheureux, drogués, dans le meilleur des cas simplement âgés et/ou solitaires, les personnages de Russell Banks sont davantage des anti-héros
- même lorsqu’ils se prennent pour des redresseurs de torts de l’humanité («La porte verte»).

La nouvelle que j’ai véritablement préférée est celle qui ouvre «Un membre permanent de la famille», c'est-à-dire «Ancien marine». Il s'agit d'un face à face entre un père et ses fils, tous gardiens de l'ordre... Cette nouvelle se termine avec une telle intensité dramatique que sa lecture, sa relecture s’imposent. D’autres textes, sur la dislocation de la famille (le divorce, l’adultère, dans «Un membre permanent de la famille» et «Fête de Noël» qui mettent en scène deux hommes pitoyables et le pleurnicheur «Perdu, trouvé») ou le caractère illusoire des amitiés («Big dog») m’ont beaucoup moins touchée.

Les nouvelles «Blue» ou «Le perroquet invisible» sont quant à elles comparables à «Ancien marine» : le lecteur termine leur lecture ébranlé, que ce soit par le racisme intériorisé de Ventana ou par l’élan générosité de Billy, qui donne ce qui lui reste pour finir le mois à une junkie.

Russell Banks écrit comme les photoreporters saisissent l'instant. C'est aussi au regardeur, au lecteur, de se faire une idée de l'image - et de ce qu'il y a hors-cadre.

2 janvier 2015

Les défricheurs de nouveaux mondes : géographie de la terre et du coeur

«Les défricheurs de nouveaux mondes» commence avec un accouchement difficile, celui de la belle-fille de Céleste Bonal. Delphine est déjà mère de quatre garçons et faisait ce qu’on nomme aujourd’hui un déni de grossesse. Celui-ci, terrible, a fait de l’enfant une petite prématurée que sa mère rejette immédiatement. Marie est élevée et instruite par sa grand-mère.
 
montage © vivelaroseetlelilas (Paul-Narcisse Salières, Le restaurateur de faïences, 1848)
 
Cette grand-mère, Céleste, est la seule à Villelongue, un petit village du Tarn, à savoir le français : les autres parlent uniquement leur patois occitan… Céleste Bonal est une femme de ces vallées, un lieu «où les humains s’entêtent à végéter, presque invisibles, suspendus à l’échine osseuse de la boucle étroite de leur ruisseau.» Elle est la vigie de la famille, mais elle n’en est pas moins aussi une femme qui a pensé, parfois, à ce que la vie pouvait réserver au-delà des vallées où n’arrive qu’un murmure confus de l’Histoire.

D’ailleurs, la guerre contre l’Allemagne, la Commune de Paris, tout cela n’atteint pas vraiment le Rouergue… La petite Marie, grandissant dans son giron, devient elle aussi quelqu’un de différent à Villelongue, ce hameau «mal accroché sur ses bases et cerné par les pentes embroussaillées qui l’entouraient».

Pourtant, un jour, l’adolescente ne peut fuir la jalousie de sa mère : elle devient une jolie jeune fille quand Delphine vieillit prématurément, usée par ses tâches ingrates de paysanne pauvre. La mère envoie la fille se louer pour l’été, dans une grande exploitation. Là, Marie Bonal rencontre Philippe, le fils des propriétaires. Surtout, elle découvre le travail des déchiffreurs (les «marreurs»), qui étendent le domaine exploitable du patron, l’Aubarède. Ce n’est que le début de l’histoire de Marie, qui la conduit ensuite en d’autres lieux, jusqu’à Rodez, la grande ville, et puis, bien plus loin, en Argentine - le rêve fou des campagnards déçus par la ville.

Au début de ce roman de la fin d’une époque, le lecteur peine à s’imaginer ce temps si révolu de la petite paysannerie en ce coin de terre reculé. Il faut aussi faire avec la langue de l’auteur, géographe, qui, spécialiste de l’agriculture, invite à consulter régulièrement un dictionnaire…
Heureusement, le texte se fait plus prenant lorsque le lecteur s’inquiète davantage de l’avenir de Marie, alors que celui-ci s’obscurcit.

Parution le 7 janvier.

«Les défricheurs de nouveaux mondes» de Roger Béteille - Éditions du Rouergue 2015

1 janvier 2015

Bonne année 2015 !

Chères toutes, chers tous, à tous mes lecteurs, je souhaite de passer une excellente année 2015 !

graphisme © vivelaroseetlelilas


Une nouvelle année, évidemment la plus heureuse possible, mais puisque nous sommes sur un blog culturel : plein de surprises littéraires, de beaux moments dans les musées, au théâtre, bref, au contact des belles choses. J'espère que vous serez toujours au rendez-vous ici, pour discuter livres, films et sorties.

2014 s'était terminée avec un grand concert de Madness à Dublin, et pour attendre la fin de la soirée j'étais hier soir au Théâtre du Châtelet : des étoiles dans les yeux et sur la scène d'«Un Américain à Paris», un spectacle qui nous a émerveillés en famille, à l'instar de la salle entière !

À l'approche de l'anniversaire des trois ans de vivelaroseetlelilas, je me pose, forcément, la question de la formule du blog. J'ai lu et entendu un peu tout et son contraire (des articles plus courts, plus longs etc) et je compte y réfléchir. Vos remarques sont les bienvenues !

Tous mes vœux !