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21 janvier 2015

De Thomas O’Reilly à Élise Fontenaille-N’Diaye, le devoir de mémoire du Blue Book

Bien que la présentation de Calmann-Lévy nous précise qu’avec ce « Blue Book », l’auteure, Élise Fontenaille-N’Diaye, livre un point de vue personnel sur une page atrocement sombre du colonialisme allemand, il n’en demeure pas moins que ce roman est très proche de l’essai historique. 
Les protagonistes du drame, bourreaux allemands, victimes africaines, sont nommés avec soin. Il s’agit bien là d’un travail de mémoire terrible qu’a accompli l’écrivaine, à propos de ce moment où l’actuelle Namibie subit la domination allemande de 1883 à 1916.

photomontage © vivelaroseetlelilas

En remontant le temps et en descendant jusqu’à ce territoire situé au nord de l’Afrique du Sud, celle-ci donne à entendre au lecteur le récit glaçant d’un ordre d’extermination général, celui des Héréros. De la colonisation allemande en Afrique je ne savais quasi rien : comparées aux empires britanniques, français, espagnol ou encore portugais, les possessions allemandes m’étaient inconnues. J’ai découvert avec ce « Blue book » l’histoire de l’une d’entre elle, écrite dans un bain de sang effroyable. Beaucoup de lecteurs découvriront avec un grand intérêt les deux peuples présents sur ce territoire, les Namas, dirigés par le preux et cultivé Hendrik Witbooi et les Héréros, qui ont tenté de se venger des colons sous la férule de Samuel Maharero. La liste des oppresseurs allemands commence avec un nom sinistre, celui de Heinrich Ernst Göring (père du bourreau nazi), continue avec Curt von François, puis Theodor Leutwein, lequel ne cherche pas à éviter la révolte des Héréros - qui précipite le déroulé des atrocités. C’est cette révolte qui induit l’arrivée dans le Sud-Ouest africain du « Requin », de « l’Exterminateur » : Von Trotha. Son successeur, Von Lindequist, s’intéressera davantage à la flore et à la faune locale qu’aux indigènes : la déportation des survivants du génocide orchestré par Von Trotha sur une petite île inhospitalière ne le passionne guère.

L’existence du camp de concentration sur l’île de Shark Island (aussi appelée « Death Island » par les Anglo-Saxons) m’était inconnue. Après la lecture d’ Élise Fontenaille-N’Diaye, je ne pourrais jamais oublier les supplices de la population qui y fut entravée, forcée à d’inhumains travaux et soumise à de terribles sévices.

Quant au titre, il faut tout de même en dire quelque chose tant il est important. Il rend hommage au travail d’enquête de Thomas O’Reilly, ce juge britannique qui, à partir de 1917, recueillit sur mandat de son administration témoignages, photographies qui formèrent le rapport dit « Blue book» (intitulé « Union of South Africa -- Report On The Natives Of South-West Africa And Their Treatment By Germany»). Ce rapport est rédigé avec une grande sincérité par le magistrat, mais l’Empire britannique avait avant tout besoin d’un élément de plus à charge contre l’Allemagne pour peser sur les négociations du traité de Versailles. Après la mort d’O’Reilly, les exemplaires du livre sont tous rappelés… Vous en saurez davantage en lisant ce texte historico-bibliographique.

J’ai tourné les pages lentement, parce que je me demandais si l’horreur serait plus terrible encore la page d’après. C’est la gorge nouée que l’on referme ce texte, sans aucun doute aussi essentiel qu'asphyxiant.

« Blue Book » d'Élise Fontenaille-N’Diaye – Calmann-Lévy 2015

6 commentaires :

  1. Blue book nous rappelle que le travail de mémoire est encore à construire pour certains épisodes de la période coloniale...

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    1. Tout à fait. Sur ce rapport, il y a d'ailleurs beaucoup de choses à dire car il fait l'objet de controverses historiques, politiques... Malheureusement les débats sont essentiellement en anglais donc c'est assez long à lire ;)

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  2. Je me le note pour l'offrir à mes parents. Merci pour la découverte !

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    1. Ce n'est pas un cadeau très joyeux mais si la thématique les intéresse ils seront passionnés !

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  3. Où pourrais-je trouver les années de naissance et de mort de Thomas O'Reilly ?

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    1. Major Thomas Leslie O'Reilly
      naissance : 21 septembre 1882 à Graaff-Reunet (Colonie du Cap). Moert le 17 septembre 1919. Source : Selections from the Smuts Papers, vol 4, nov 1918- août 1919 (en ligne sur internet)

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