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12 janvier 2015

La route de Beit Zera : drame sous le lac de Tibériade

« Sous le lac de Tibériade, près de Beit Zera, il y avait une maison, et dans cette maison vivaient un homme et une chienne. » Cette toute première phrase du nouveau roman d’Hubert Mingarelli annonce son récit en forme de conte philosophique, mettant principalement en scène un homme qui vit, isolé, sous le lac de Tibériade, près du kibboutz de Beit Zera.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas

L’auteur use d’un style dépouillé pour évoquer l'histoire tragique de Stépan Kolirin, cet homme qui vit avec sa chienne sous le lac de Tibériade. Le drame intervient le jour où Yankel, son fils, tue un Arabe. Stépan aide alors Yankel à fuir la justice. Stépan se débrouille pour le cacher jusqu'à ce que Yankel parte le plus loin possible de la route de Beit Zera... Depuis l'évasion de son fils unique, Stépan compte les années en fabriquant de simples boîtes en carton : après avoir perdu Yankel, il a perdu le sommeil, puis son travail. Pendant qu’il assemble ces emballages payés à la pièce, Stépan évite de penser. Parfois, le soir, il rêve à la Nouvelle Zélande, où s’est réfugié Yankel.

Le temps passe, lentement. La chienne de Stépan montre cependant des signes de faiblesse, puis de maladie. Un étrange garçon, Amghar, les visite désormais, l’homme et la chienne. Mais qui vient-il voir vraiment ? L’homme ou l’animal ?

La civilisation, comme la nature dont est environné Stépan, est menaçante. L’opposition nature/culture n’a pas lieu d’être : la forêt est sombre, tout comme la route qui mène à Beit Zera, et les hommes mauvais et terrifiés. C'est certes le Juif qui a tiré. Mais l'Arabe, sur la route de Beit Zera, avait peur lui aussi. La tolérance est-elle encore possible sur cette terre de souffrance ? Le pardon envisageable ?

Hubert Mingarelli signe un texte âpre, dépouillé et secret sur une douleur muette tout autant individuelle que collective.
Un roman haletant qui m’a permis de découvrir cet auteur, pourtant prolifique ! C'est un livre qui plaira tout autant aux spécialistes du conflit israélo-palestinien qu'aux amateurs d'histoires courtes, poétiques et percutantes.

2 commentaires :

  1. Très bel article ! C'est effectivement un très joli texte, très sensible.

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