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2 janvier 2015

Les défricheurs de nouveaux mondes : géographie de la terre et du coeur

«Les défricheurs de nouveaux mondes» commence avec un accouchement difficile, celui de la belle-fille de Céleste Bonal. Delphine est déjà mère de quatre garçons et faisait ce qu’on nomme aujourd’hui un déni de grossesse. Celui-ci, terrible, a fait de l’enfant une petite prématurée que sa mère rejette immédiatement. Marie est élevée et instruite par sa grand-mère.
 
montage © vivelaroseetlelilas (Paul-Narcisse Salières, Le restaurateur de faïences, 1848)
 
Cette grand-mère, Céleste, est la seule à Villelongue, un petit village du Tarn, à savoir le français : les autres parlent uniquement leur patois occitan… Céleste Bonal est une femme de ces vallées, un lieu «où les humains s’entêtent à végéter, presque invisibles, suspendus à l’échine osseuse de la boucle étroite de leur ruisseau.» Elle est la vigie de la famille, mais elle n’en est pas moins aussi une femme qui a pensé, parfois, à ce que la vie pouvait réserver au-delà des vallées où n’arrive qu’un murmure confus de l’Histoire.

D’ailleurs, la guerre contre l’Allemagne, la Commune de Paris, tout cela n’atteint pas vraiment le Rouergue… La petite Marie, grandissant dans son giron, devient elle aussi quelqu’un de différent à Villelongue, ce hameau «mal accroché sur ses bases et cerné par les pentes embroussaillées qui l’entouraient».

Pourtant, un jour, l’adolescente ne peut fuir la jalousie de sa mère : elle devient une jolie jeune fille quand Delphine vieillit prématurément, usée par ses tâches ingrates de paysanne pauvre. La mère envoie la fille se louer pour l’été, dans une grande exploitation. Là, Marie Bonal rencontre Philippe, le fils des propriétaires. Surtout, elle découvre le travail des déchiffreurs (les «marreurs»), qui étendent le domaine exploitable du patron, l’Aubarède. Ce n’est que le début de l’histoire de Marie, qui la conduit ensuite en d’autres lieux, jusqu’à Rodez, la grande ville, et puis, bien plus loin, en Argentine - le rêve fou des campagnards déçus par la ville.

Au début de ce roman de la fin d’une époque, le lecteur peine à s’imaginer ce temps si révolu de la petite paysannerie en ce coin de terre reculé. Il faut aussi faire avec la langue de l’auteur, géographe, qui, spécialiste de l’agriculture, invite à consulter régulièrement un dictionnaire…
Heureusement, le texte se fait plus prenant lorsque le lecteur s’inquiète davantage de l’avenir de Marie, alors que celui-ci s’obscurcit.

Parution le 7 janvier.

«Les défricheurs de nouveaux mondes» de Roger Béteille - Éditions du Rouergue 2015

6 commentaires :

  1. Très beau photomontage.
    En revanche, je ne mettrai pas en priorité ce roman dans ma liste de lectures. Pourtant, il a l'air intéressant...Mais j'aspire pour le moment à d'autres horizons.
    Je note la référence et te remercie pour la découverte.

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    1. Merci :) Effectivement, c'est plutôt un roman à lire allongé(e) dans les herbes hautes au printemps !

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  2. Un peu comme Claire, je ne le note pas pour tout de suite, mais je le retiens dans un coin de ma tête, parce que le sujet à l'air intéressant.

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    1. Je vais parler de Russell Banks & co, mais c'est bien aussi de commencer la rentrée littéraire d'hiver par quelque chose d'inhabituel ;)

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    2. La "rentrée littéraire d'hiver" ? C'est une appellation officielle ? :)

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    3. En fait, oui ! Depuis quelques années les parutions d'hiver font l'objet d'une promo particulière. Ce n'est pas une expression de mon cru, on la voit un peu partout depuis que ce phénomène prend de l'ampleur (voir ici, par exemple : http://www.telerama.fr/livre/rentree-litteraire-d-hiver-nos-premiers-coups-de-coeur-1-2,120822.php ;) ) Cette année on a même droit à une polémique digne de septembre d'ailleurs… malheureusement.

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