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15 janvier 2015

Les Luminaires, le suspense so 19ème réinventé par Eleanor Catton

La ruée vers l’or, ce sont des images de découvertes de gisements, dans le fond d’une mine. L’éclat de l’or dans des mains meurtries par la soif de la découverte, de l’aventure, de l’argent. Si celle-ci est, dans l’imaginaire collectif, essentiellement liée aux États-Unis d’Amérique, il y eut également des mouvements de migration liés au métal précieux en Nouvelle-Zélande, au 19ème siècle.
 
montage © vivelaroseetlelilas (Double Star)

Eleanor Catton, aussi brillante que jeune romancière, a reçu le Man Booker Prize en 2013 pour cette somme de près de mille pages, «Les Luminaires», dont l’action prend place à ce moment clé de l’histoire de l’Aotearoa (le nom du pays en maori). La narration débute le 27 janvier 1866, mais il s’agit, en fait, dans tout le roman, de connaître ce qui s’est passé une certaine nuit, celle du 14 janvier.

La structure du livre est très particulière : pendant 410 pages, douze hommes racontent à un treizième, fraîchement débarqué dans la «bonne» ville d’Hokitika, ce qui motive leur rencontre dans un modeste hôtel... Walter Moody, jeune britannique fraichement débarqué en Nouvelle Zélande, est ainsi plongé immédiatement dans le grand bain de l’aventure qu’il est venu chercher : le mystère lui saute à la gorge, avec émotion. Cette nuit-là, dans la vallée de l’Ahahura, un homme est mort dans sa maison solitaire. Du décès (naturel ? provoqué ?) du chercheur d’or ont immédiatement découlé de nombreuses conséquences qui ont imposé la tenue de cette réunion secrète, qui rassemble aussi bien Anglais que Chinois, et des hommes bien différents : journaliste, apothicaire, courtier, diggers...

Après les principaux récits des hommes présents, l’action débute ainsi concrètement : on sort de la relation des évènements passés pour vivre l’éclaircissement de l’affaire en même temps que les protagonistes.

C’est dire que l’auteure de «La répétition» installe le décor pour le lecteur. Eleanor Catton prend tout de même le risque de l’effrayer, car si la deuxième partie est assez entraînante, la lecture de la première fut pour moi relativement fastidieuse, malgré le talent de la romancière.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce livre, qui réussit cependant le tour de force de faire patienter des centaines et des centaines de pages jusqu’à la résolution des imbrications des histoires de la prostituée Anna, de la brute Carver, du politicien honteux Alistair Lauderback, du jeune premier Emery Staines, porté disparu, et des autres
. Certains personnages sont empreints d’une humanité touchante : l’aumônier Cowell Devlin, par exemple. Ce n’est pas le cas des femmes, qu’Eleanor Catton a voulu fortes, dures, au contraire des romans populaires du 19ème qui en faisaient de faibles créatures - romans dont elle livre avec «Les Luminaires» un pastiche très réussi (vocabulaire d’époque, introduction «au coin du feu» and so and).

Il y a, dans ce roman, de nombreuses références à l’astrologie. Il n’est pas nécessaire du tout de se passionner pour celle-ci pour comprendre l’intrigue du livre, il s’agit d’un cadre que s’est imposé l’auteure ; mais il est sans doute simplement intéressant de pouvoir dire que les luminaires, ce sont les deux principaux astres : le soleil et la lune.
 
Eleanor Catton photo © vivelaroseetlelilas Rencontre Babelio à l'Ambassade de Nouvelle Zélande
 
De nombreuses lunes vous seront nécessaires pour terminer ce livre, dont la résolution finale du suspens qui le tend tout du long est une belle récompense !

8 commentaires :

  1. Merci pour la découverte !
    A bientôt.

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    1. Avec grand plaisir ! C'est un ouvrage très ambitieux, à découvrir !

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  2. Ah.. un peu de soleil et d'astrologie, une époque ancienne et des contrées lointaines.... Thank you Eleanor !

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  3. J'ai déjà lu deux critiques qui m'ont donné envie de lire ce bouquin et là tu enfonces le clou. Forcément, l'idée de mêler l'astrologie à l'intrigue, ça ne peut que me parler ;)

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    1. J'imagine que du coup tu comprendras bien mieux les rapports de la construction de l'intrigue avec l'astrologie que moi ;) (par contre, parfois, c'est vraiment long. Il faut presque s'armer de patience !)

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  4. Je découvre ta critique avec l'article "Un pavé un mois" de Bianca.
    Ce roman me fait envie depuis longtemps mais sa taille me fait très peur. Ce que tu en dis me donne encore plus envie de le lire. Ca devra attendre cet été afin que je puisse prendre mon temps sans doute.

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    1. Il est vrai que c'est vraiment, vraiment un gros pavé et pas vraiment maniable :-S Pourtant, c'est vrai qu'il vaut le coup. Et je dis ça alors qu'arrivée à certains moments, je me suis demandé si j'aurais le courage d'aller jusqu'au bout. Mais le jeu en vaut la chandelle, enfin les luminaires ;)

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