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7 janvier 2015

Un membre permanent de la famille : la tragi-comédie US de Russell Banks

Douze nouvelles pour un recueil fort attendu de la part d’un éminent représentant des lettres américaines : du nord de l’État de New-York en descendant jusqu’à la Floride, chroniques modernes de vies cabossées, simplement creuses ou tout à fait borderline. Parfois racontées à la première personne, parfois par un narrateur extérieur, ces petites histoires sombres disent à leur manière combien chacun vit seul et n’a rien à attendre de son prochain - surtout de bienveillant...

photomontage © vivelaroseetlelilas

Certaines de ces nouvelles ont des thèmes particulièrement attendus pour des auteurs nord-américains : la mort du chien, le divorce, la liste de courses…

Chroniques amères de la côte est, où le bonheur semble être relégué dans les marges de l’existence. Héritier de Raymond Carver, Russell Banks dessine une Amérique du 21ème siècle sans doute comme Hopper l’aurait peinte. Tragiquement banale, banalement violente. Les courageux, les belles âmes sont celles qui sont brisées le plus rapidement, les meilleurs partent les premiers, restent les ingrats, les profiteurs, les jaloux, les alcooliques.

Une peur diffuse irradie tout le recueil, comme si on craignait sans cesse le pire pour les protagonistes, qui ne sont pourtant parfois vraiment pas des enfants de cœur. Exclus, déclassés, malheureux, drogués, dans le meilleur des cas simplement âgés et/ou solitaires, les personnages de Russell Banks sont davantage des anti-héros
- même lorsqu’ils se prennent pour des redresseurs de torts de l’humanité («La porte verte»).

La nouvelle que j’ai véritablement préférée est celle qui ouvre «Un membre permanent de la famille», c'est-à-dire «Ancien marine». Il s'agit d'un face à face entre un père et ses fils, tous gardiens de l'ordre... Cette nouvelle se termine avec une telle intensité dramatique que sa lecture, sa relecture s’imposent. D’autres textes, sur la dislocation de la famille (le divorce, l’adultère, dans «Un membre permanent de la famille» et «Fête de Noël» qui mettent en scène deux hommes pitoyables et le pleurnicheur «Perdu, trouvé») ou le caractère illusoire des amitiés («Big dog») m’ont beaucoup moins touchée.

Les nouvelles «Blue» ou «Le perroquet invisible» sont quant à elles comparables à «Ancien marine» : le lecteur termine leur lecture ébranlé, que ce soit par le racisme intériorisé de Ventana ou par l’élan générosité de Billy, qui donne ce qui lui reste pour finir le mois à une junkie.

Russell Banks écrit comme les photoreporters saisissent l'instant. C'est aussi au regardeur, au lecteur, de se faire une idée de l'image - et de ce qu'il y a hors-cadre.

6 commentaires :

  1. Je ne suis pas bien fan de nouvelles, je préfère toujours les bons gros pavés, mais Russell Banks, c'est quand même tentant...

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    1. Après avoir lu nombre de tes critiques, je crois que tu aimeras !

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  2. Merci pour la découverte de cet auteur !

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    1. Avec plaisir Emilie :) Si tu aimes (ou pas) certaines de ces nouvelles, n'hésite pas à revenir en discuter ici !

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  3. Cela m'a donné envie de découvrir les romans de cet auteur. Et dire que je ne suis pas fan des nouvelles... Un bel exploit :)

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