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17 février 2015

La maison atlantique de Philippe Besson : souviens-toi, un de ces étés derniers...

«Repensant à tout cela, j’ai compris que nous aurions pu facilement tout empêcher mais qu’aucun d’entre nous n’a pris la décision d’arrêter la machine folle. Aucun d’entre nous n’y a songé.
Il en va souvent ainsi dans les situations où personne n’est vraiment innocent.»

photomontage © vivelaroseetlelilas

Philippe Besson publie en ce début d’année une biographie romancée de la vie de James Dean, «Vivre vite». Un livre bien différent de ce piège tendu au lecteur qu’est «La maison atlantique», un roman haletant, aux chapitres très brefs, qui vous met les nerfs à vif.

Une histoire racontée par un jeune homme qui préfère prévenir dès l’incipit : il est orphelin, ses parents sont donc tous les deux décédés, et, au fait, une simple précision, au passage : «J’ai oublié de vous dire : aucune de ces deux morts n’est accidentelle.» Et avec cette simple phrase, le ton est donné. Ce garçon, cet homme qui raconte, «la compassion n’est pas son genre», et on se doute bien qu’il n’est pas pour rien dans ces deux morts. Au moins dans l’une d’entre elles. Dès la première page, on est oppressé par cette froideur, le cynisme dégagé. Ledit cynisme ne disparaît finalement que rarement, quand les souvenirs de la mère adorée le renvoient à quelques images de mémoire d’enfant choyé par une femme attentive.

«La maison atlantique» est le récit d’évènements qui surviennent un été, alors que le père, pour des raisons qu’il conviendra au lecteur de découvrir, décide de passer quelques semaines de vacances avec son fils dans une maison que le grand-père de son ex-femme avait gagné aux cartes. Avocat d’affaires, il ne s’est guère intéressé à ce garçon qui a transformé son épouse en mère. Depuis toujours, il collectionne les conquêtes. Dans la maison d’à côté, arrive un jeune couple. Ce surgissement d’une incendiaire professeure dénuée de vocation doublée d’un architecte gentil petit mari est un signe du destin.
Tandis que le narrateur couche sans conviction avec Agathe, son père décide de séduire Cécile, la jolie voisine (le prénom confirme la parenté assumée avec «Bonjour Tristesse»). Et seul Raphaël, cocufié, ne se rend compte de rien. Un jour pourtant, quelque chose arrive : le père devient jaloux. La tragédie se noue. Et le complexe d’Œdipe se déploie...

Philippe Besson emmène son lecteur loin d’un roman de plage tranquille comme aurait pu vaguement laisser croire ce titre rieur, «La maison atlantique». J’ai souvent pensé au «Jeune homme prometteur» de Gautier Battistella, comme à Aimé dans «Le joli mois de mai» d’Émilie de Turckheim. C’est vous dire comme il n’est pas question de sable qui glisse entre les doigts.
Le sable, ici, Philippe Besson le fait coller, sinistre et mouillé, aux baskets.

«La maison atlantique» de Philippe Besson - Editions 10/18

Merci à Babelio et aux Éditions 10/18. Retrouvez ici le compte rendu de la rencontre organisée par le site.

6 commentaires :

  1. Ton résumé me donne très envie de lire"La maison atlantique"

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    1. Tu m'en vois ravie, je suis sûre que tu seras prise dans les filets de cette narration !

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  2. Belle critique, cette histoire est intriguante !

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    1. Elle l'est tout à fait ! Elle m'a donné envie de découvrir les œuvres précédentes de l'auteur, alors que pour l'instant j'avais surtout envie de lire "Vivre vite" ;)

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  3. J'ai aimé "Vivre vite", qui m'a fait découvrir cet auteur, et ton billet me donnerait bien envie de lire "La maison atlantique"! ;)

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    1. Itinéraires de découverte de l'auteur inversés ;) Je crois me souvenir de ton billet !

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