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3 février 2015

Les Forrest d’Emily Perkins, chronique d'une famille gentiment borderline

«Les Forrest». Dans ce titre qui désigne une famille, on peut presque entendre l'écho d'un rire, c'est un nom qui fait sourire, ça rappelle la forêt, ça sonne cartoon. Et d'ailleurs, ça n'est pas très sérieux, de prime abord. Les parents sont de doux dingues, ils sont partis sur un coup de tête en Nouvelle Zélande, fuir les dettes de Frank, père aux idées foisonnantes mais peu rentables...

photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Des États-Unis, les enfants ne se souviennent pas de grand chose et rapidement l'immensité néo-zélandaise les absorbe. Dorothy, l'aînée, se remémore parfois l'Amérique. Pour Eve, mais surtout la toute petite Ruth, rien ne subsiste. Leur frère, Michael, devient rapidement un adolescent perturbé - sinon perturbateur, à ses heures perdues (nombreuses). Il faut dire que les parents sont coulants, ce sont même eux, enfin, Lee, la mère, qui leur font découvrir les libertés hippies, le temps d'un été initiatique ou traumatique (selon les enfants). Dorothy se met à sortir en secret avec Daniel, qui s'est naturellement imposé comme le 5ème enfant du couple. Daniel est le type même du garçon dont les filles s'entichent à l'adolescence : beau, libre, intelligent, malheureux - l'artiste maudit à sauver. Dorothy comprendra qu'il lui est impossible de changer pour elle. Alors, par dépit, elle se met à enfanter régulièrement avec leur ancien colocataire.
Et le lecteur de découvrir qu'Eve est partie aimer Daniel au Canada... Ce qui ne peut durer qu'un temps, évidemment.

Ils ne sont pas si excentriques, ces personnages un peu maltraités par la vie, dont la bohème reste limitée (le couple parental finit par retourner au bercail se remettre à flot avec la plus jeune, laissant leurs grands enfants à leurs frasques de collégiens). Dorothy remplit le vide de sa vie d'enfants et de calmants, Eve ... Eve finit mal. Mais c'était écrit, l'un d'entre eux devait payer pour cette insouciance généralisée.

Dans ce livre, j'ai entendu de nombreux échos de littérature anglo-saxonne féminine, essentiellement américaine - Joyce Maynard au premier chef, mais j'ai parfois pensé à l'écriture contemporaine de J.Courntey Sullivan à propos de certaines thèmes sociétaux ou féministes (pèle-mêle : le mariage, la maternité, la sexualité après les enfants, la vie domestique....).

Emily Perkins se distingue en utilisant un style spécifique, alternant des passages quasi-sociologiques et des allusions poétiques. Elle laisse tout le long du livre le lecteur à des ambiguïtés qu'elle lève peu à peu, sous la forme de flashbacks, en alternant les points de vue aussi. Et puis il y a cette fin en deux temps, un happy-end irréel suivi d'un retour à la brutalité de l'existence.
Un roman qui raconte des histoires d'amour et de désamour, tout en évoquant, de façon plus profonde, des questions philosophiques : la permanence de l'être, notamment.

Un beau texte sur les liens familiaux, ceux qui nous étouffent et ceux qui nous libèrent - parfois, ce sont les mêmes.

2 commentaires :

  1. Tu m'as donné envie de le lire ! Bon weekend ^^

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    1. Super ! Il n'y a pas bcp de pub pour ce roman, j'espère qu'il trouvera ses lecteurs ! Bon WE à toi aussi, pt en compagnie des Forrest ;)

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