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16 février 2015

Love & other lessons : comment rater son film de campus.

1-Ne pas être le couteau-suisse que l’on prétend. Josh Radnor a réalisé, écrit « Love & other lessons » (« Liberal Arts ») et joue le premier rôle. Peut-être aurait-il pu quelque peu déléguer ? Le scénario part d'un alibi léger (un ancien étudiant est invité à un départ en retraite d'un professeur renommé) et souffre de longueurs pénibles. De plus, souvent, le jeu de Radnor est caricatural, exacerbant la personnalité de  l’adulescent en crise existentielle qu’il incarne en la personne de Jesse Fisher. Barbu, celui-ci travaille dans une Université new-yorkaise aux admissions, lit en marchant et fréquente quasi quotidiennement la librairie indépendante en bas de chez lui… N’en jetez plus.

2-Créer des personnages féminins trop stéréotypés. Oui, certes, nous avons sous les yeux un film de campus, mais la prof de lettres spécialistes des Romantiques qui devient une cougar intransigeante au lit, en plus incarnée par Allison Janney… Et puis quoi encore ? Quant à Zibby (Elisabeth Olsen), l’étudiante so cool qui fait découvrir Vivaldi à Jesse est … hipster ou normcore (je n’arrive pas à me décider, tout cela est trop postmoderne) et présente toutes les caractéristiques de la jeune femme en pleine formation intellectuelle (et sexuelle, le fantasme de l’initiation par un « poète » plus âgé étant le must).

3-Permettre des traductions – ou plutôt des changements de titres douteux. Le titre original : «Liberal Arts», permettait tout de suite de situer le film. Il allait s’agir de grands enfants batifolant sur un campus de sciences humaines – ou d’adultes se complaisant dans le fait qu’ils n’auraient jamais vraiment changé depuis leurs études (surtout lorsqu’ils ont effectué toute leur carrière de professeur sur ledit campus, comme le mentor de Jesse Fisher, joué par Richard Jenkins).
Dans le même temps, peut-on vraiment reprocher ce changement de titre ?

Josh Radnor joue l'ex-étudiant en Humanités Jesse Fisher, heureux comme Ulysse de retrouver son campus.

4-Une caution intello très vague. En effet, si on résume, ce titre «français» est bien plus réaliste que «Liberal Arts» sur le contenu du film. Il s’agit d’amour, d’amitié, de correspondance vaguement romanesque et finalement, assez peu de transmission intellectuelle. Le décor néo-gothique de l’Université (probablement le Kenyon College dans l’Ohio), et l’atmosphère de ville miniature ne suffisent à pas à rendre les dialogues intelligents. Les œuvres mythiques qui accompagneraient les protagonistes ne sont pas vraiment nommées. Seul «Twilight» est tout à fait identifiable et fait l’objet d’un débat extrêmement élevé sur ce qu’il faudrait lire ou ne pas lire. Quant au pavé que l’étudiant suicidaire lit et relit et qui est censé également bouleverser Jesse régulièrement, «Infinite Jest» de David Foster Wallace, il faut faire bien attention pour capter la référence (en France, on a surtout entendu parler de cet écrivain dépressif au moment de sa pendaison…).

Vous pouvez, en toute tranquillité, vous dispenser de ce film poseur.

« Love & other lessons » de et avec Josh Radnor ; Elisabeth Olsen, Richard Jenkins, Allison Janney etc – DVD SND 2015

4 commentaires :

  1. Voilà un film qui aura au moins eu le mérite d'être brillamment chroniqué :-) Je ne l'ai pas vu et je vais suivre ton conseil : je passe mon chemin !

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  2. ah je te trouve bien sévère sur ce coup là : le film ne réussit peut etre pas tout à fait son ambitieux mélange entre le film de campus intello et la romcom, deux genres un peu antinomiques et certaines situations auraient pu etre + fouillées mais franchement il y a de fort jolies scènes, une réflexion sur le temps qui passe et l'adulescence plutot pertinente et qui m' a beaucoup touché et pas d'accord du tout avec toi sur les personnages féminins plutot plus fouillés et plus originaux que dans ce genre de film ..le personange d' Allison Janney ( géniale dans la saison 1 de master of sex) notamment touche dans le mille avec ce coté aigri et désabusé de la prof de lettres revenue de toutes les désillusions amoureuses…

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    1. Oui, bien sûr que le personnage de la prof est super réussi, il n'en demeure pas moins topique ! En bref, nous n'avons pas le même avis :)

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