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16 mars 2015

Noël en février : du "Rock en Brie" raconté par Sylvia Hansel

Si j’ai ouvert plusieurs textes sur l’adolescence ces derniers mois, ce n’est pourtant pas une thématique qui me passionne - hasard de calendrier, hasard des publications. Sans doute encore trop proche, cet épisode de la vie où l’autorisation de sortir est un élément palpitant de l’existence ne m’a procuré que rarement de moments mémorables de lecture.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Pourtant, avec «Noël en février», j’ai trouvé une matière compacte, loin de récits parfois mièvres ou dont la nostalgie était positivement agaçante. Sylvia Hansel signe un premier roman dans lequel Camille, qui se croit très originale, décide d’intégrer un lycée technique afin d’étudier les arts appliqués. Cela devrait suffire à rompre l’isolement connu au collège, et, accessoirement, de devenir une rock star. Parce que, ne vous y trompez pas, Camille, malgré ses ongles criards et son rouge à lèvres violet est plutôt une fille à descendre des Kro plutôt qu’à traîner chez Jennyfer.
Dans la banlieue où elle vit, près de Meaux, ça sent le renfermé. Tim Burton s’amuserait à retrouver les lotissements dont il a fait la satire en Seine-et-Marne. Camille n’a pas de parents très présents : ils sont séparés et sa mère, avec laquelle elle vit, est tournée vers son second mari et le demi-frère de l’héroïne ; quant à son père, lepéniste machiste plus que bourru, elle ne le voit - heureusement - que rarement.

C’est donc logiquement à la rentrée de cette fameuse seconde qui doit changer sa vie que l’adolescente tombe amoureuse d’un grand blond à l’air mystérieux, Mathieu - lequel, permettant ainsi de donner un fil rouge au livre, quitte le lycée au bout de quelques jours.
Opiniâtre, Camille traque le fuyard : c’est le début d’une histoire qui n’en est pas une, faite d’attente et de beaucoup d’illusions, au temps du hit-parade (c’est-à-dire sans téléphone portable ni internet). Il faut bien fuir la déprimante réalité des perspectives offertes par l’espace entre «Saint-Poucrasse» et la banlieue de Meaux, et les garçons quelconques qui le peuplent.

Si j’ai davantage apprécié «Noël en février» que d’autres romans, c’est que son réalisme m’a plu. Sylvia Hansel n’use pas de la même langue que Virginie Despentes, mais elle parle le même langage, on retrouve les sujets clés de l’écrivaine : le rock, évidemment - puisque Camille a bon goût -, mais aussi les mauvaises rencontres, le machisme des petits mecs et leur violence ignorante ; et dans l’écriture, cet humour noir des filles à qui on n’en comptera plus.
Quant aux titres des chapitres, ils valent à eux seuls le détour : «Lapinou dans le Mordor», «La Tragédie du Morceau de Viande», «Barbecue et femme-faucon»...

Je vous conseille l'écoute de la playlist du livre, dispo ici.
 

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