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6 avril 2015

La folie pratique de Piero Fornasetti aux Arts Décoratifs

En adepte du trompe-l’œil, je me suis rendue aux Arts Décoratifs dès les premiers jours de l’exposition Fornasetti, «La folie pratique». Oui, bien sûr y appelle le visage de Lina Cavalieri, sorte de Joconde moderne, que Fornasetti a dessiné costumée et fardée de toutes les façons possibles.
 

Vous pouvez voir ce visage énigmatique et fascinant, reproduit sur des dizaines d’assiettes qui se mirent dans de grandes glaces dans une des pièces de l’exposition. Cette dernière, présentée pour le centenaire de la naissance du créateur au Triennale Design Museum de Milan, a été repensée pour la grande nef des Arts Déco à Paris. Une première. Car, si durant les années 50 et 60 Fornasetti était incontournable, le décorateur-dessinateur-éditeur-collectionneur traversa une période de purgatoire qui dura, grosso modo, jusqu’à la manifestation que lui consacra le Victoria & Albert Museum, «Fornasetti : Designer of Dreams», en 1991-1992. De rêves, il en est tout à fait question dans l’ensemble de l’installation déployée aux Arts décoratifs par le fils de l’artiste.

«Il se dit que mes objets sont le résultat de procédures secrètes… Je ris sous cape…»

On se sent happé par l’univers de Fornasetti (1913-1988) dès l’entrée, le regard perdu dans ses labyrinthes de dessins incroyablement imaginatifs, ou bien à la recherche des lignes de ses trompe-l’œil, de ses créations surréalistes et iconoclastes. Et toujours empreintes de sa parfaite connaissance des Arts - ces mille pièces montrent que rien ne se perd dans l’art et que tout se transforme - et Piero Fornasetti de conserver, coller, découper, dessiner, dessiner, dessiner.

Piero Fornasetti, paravent "Angolo Antico con Eva", 1952

«J’ai fait l’amour toute la nuit… avec une plaque de cire noire et une fine pointe d’acier. La nuit fuit longue et je ne sais pas si j’ai gagné ou si j’ai perdu. Le fait est que je n’ai pas joui.»

Plateaux, porte-parapluies, écritoires, tables et paravents, Piero Fornasetti a réinventé le quotidien avec un talent facétieux, sous l’influence variée de peintres de la Renaissance, métaphysiques comme Giorgio De Chirico ou Alberto Savinio, et des décorateurs néo-romantiques (Christian Bérard, Pavel Tchelichew, etc).
L’exposition bénéficie d’une scénographie qui rend hommage au créateur et favorise l’immersion dans cette étonnante rétrospective. Le dispositif critique est intéressant mais on peut aussi se laisser guider par les fantaisies du maître, qui travaille toutes les matières et tous les supports. Les productions en série, approchant le kitsch, auquel il dût se résoudre, sont également intéressantes : elles questionnent la place ambigüe accordé aux créateurs qui ne veulent se résoudre à choisir une discipline.

Fornasetti était sans doute quelque peu mégalomane et ses déclarations, autant d’aphorismes, marquent la déambulation. Comme un grand éclat de rire au nez de ses détracteurs.

Jusqu’au 14 juin 2015.

La folie pratique - Piero Fornasetti
Musée des Arts Décoratifs
107 rue de Rivoli
75001 PARIS

4 commentaires :

  1. Honte à moi, je ne connais pas du tout cet artiste mais du coup ton post et l'expo me donnent très envie de découvrir ! Ca faisait longtemps que je n'étais pas venue me balader sur ton blog (quelle idée!) et là j'en repars avec plein de belles sorties !

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    1. Je te souhaite une visite étourdissante ! Merci pour ce gentil compliment :)

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  2. J'espère que je pourrais aller voir cette expo et merci de me faire découvrir cet artiste...

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    1. J'espère que tu pourras t'y rendre car c'est vraiment magique ! J'imagine qu'il va y avoir de plus en plus de monde avec les critiques louangeuses qui pleuvent alors ne tarde pas pour bien en profiter :)

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