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20 avril 2015

Le dos rouge d’Antoine Barraud, autoportrait du cinéaste en monstre

Expérimentation originale, «Le dos rouge» est un film atypique, évoquant la peinture en partant du cinéma, un long-métrage travaillant le langage cinématographique sous l’angle de la peinture. Tourné dans plusieurs musées, notamment la très cinégénique maison Gustave Moreau, «Le dos rouge» est déconcertant.
 
Un cinéaste célèbre décide de faire un film sur le monstre, alors qu’une tâche rouge apparaît sur son dos, une tâche qui s’agrandit progressivement, une tâche elle-même étrange, anormale, bientôt monstrueuse. A ce film en gestation s’ajoute une quête personnelle sur le motif monstrueux : une quête dont les motifs s’enchevêtrent évidemment avec ceux qui président à la décision de filmer l’étrange. Pour les besoins de cette dernière, il est aidée par une historienne d’art possédée par son sujet, qui finit part obséder son imagination en s’imposant à son imaginaire…

L’anomalie, le bizarre, l’hybride, dans l’art graphique, mais également comme corps, comme êtres, fascinent Bertrand. Bertrand, le cinéaste acteur du «Dos rouge» ? Bertrand Bonello lui-même ? Tout le film est une réflexion sans cesse renouvelée sur le cinéma, sur l’artifice - une mise en abîme perpétuelle du sujet. Un incessant jeu de miroirs, réels et supposés, est instauré, qui, sans relâche, déstabilise le spectateur. Que penser de ces films fantômes de Bonello ? Une scène de l’un d’entre eux a ainsi été réalisée pour les besoins de la narration du «Dos rouge». Fiction, autofiction ? Au regardeur de décider. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus interpellée- après tout, qu’un cinéaste s’empare de la notion de monstre n’est pas vraiment novatrice, le monstre étant par essence sensationnel et fantasmatique. Jean Clair s’est d’ailleurs récemment penché sur cette obsession artistique dans l’art moderne (cf. «Hubris» chez Gallimard, paru en 2012).
 
Le bizarre qui implique une structure déformée du film surprend moins. Il est même parfois presque facile, avec ce personnage de guide que se choisit le cinéaste, joué par Jeanne Balibar et par Géraldine Pailhas, sorte de femme fatale hitchcockienne, une femme double et ensorcelante.
 
Semi-improvisé, placé sous le double signe de l’admiration pour la photographie de Diane Arbus et celle pour la réalisation de «Vertigo», «Le dos rouge» est entièrement et totalement un film sur le regard.
C’est aussi, parfois, un film narcissique, dans lequel les acteurs se mirent au creux du miroir du cinéma, monstre assoiffé d’ego.
 
photographie © Epicentre films

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