barre horizontale




18 avril 2015

Le secret de Tristan Sadler, recherche d’absolu durant la Grande Guerre

John Boyne admet volontiers qu’il est devenu une sorte de romancier de guerre : il est devenu extrêmement populaire avec le récit jeunesse «Le garçon en pyjama rayé», et plusieurs de ses livres ont pour cadre les deux conflits majeurs du siècle passé. Ce n’était aucunement planifié, mais l’auteur explique que les recherches faites pour ces romans induisent un tel nombre d’idées pour des livres futurs que ce n’est sans doute pas près de s’arrêter !

photomontage © vivelaroseetlelilas

Dans son roman traduit cette année aux Éditions de l’Archipel, «Le secret de Tristan Sadler», John Boyne raconte la guerre de 14 par la voix de Tristan Sadler. Tristan a menti sur son âge, et dès dix-sept ans, il subissait donc les brimades en camp d’entraînement. Et puis, après quelques mois, ce qui paraissait difficile semble souvenirs de vacances : ce sont les combats en France, les tranchées, les combats répétés, les camarades qui disparaissent les uns après les autres. Mais, contrairement à beaucoup d’autres livres qui, pour le centenaire, ont privilégié la dimension épique, la fresque historique ultra-documentée, John Boyne écrit un récit intimiste de la Grande Guerre. Celle d’une amitié amoureuse entre Tristan, qui se sait homosexuel, et Will, qui se cherche. Une relation qui s’est mal terminée : Will est resté, des balles dans la poitrine, sur le sol français.

Tristan Sadler raconte cette relation qui a bouleversé sa vie. Parti restituer un paquet de lettres à la sœur de son amour perdu, le récit alterne les passages où ces deux personnages dialoguent et les souvenirs de Tristan. Ce sont d’ailleurs la lecture de lettres de soldats qui ont donné l’idée du roman à John Boyne, et ce sont principalement elles qui lui ont permis de donner cette ambiance si nette au roman.

J’ai été très intéressée par ce récit qui met au cœur de l’action des personnages issus de la classe moyenne, pour Will, ou de la classe ouvrière, pour Tristan. Beaucoup de romans insistent sur des personnages a priori plus romanesques, des aristocrates qui peuvent payer des retours en permission, etc. Cela d’autant plus que la thématique du livre m’a évidemment fait songer à «l’Enfant de l’étranger» d’Alan Hollinghurst. Dans ce dernier, l’homosexualité des personnages, si elle n’est pas franchement assumée, ne fait pas l’objet de honte entre les étudiants de Cambridge. Ici, le romancier restitue l’atmosphère plus générale sur le sujet : la réprobation totale, les répudiations irrévocables. Deux classes, deux mesures.

Will Bancroft et Tristan Sadler sont des personnages qui forcent le lecteur à remettre le récit dans une perspective historico-sociologique
: chacun est un «absolutist» (titre original de l’ouvrage), à sa manière : Tristan qui fait prévaloir les sentiments, Will la politique. Avec le titre original, l’auteur permettait de jouer du double sens du mot, qui signifie réfractaire en français. Aucun des deux n’est complètement sympathique, chacun, à sa façon, est un lâche. Cette absence de stéréotypes rend le texte subtil, d’autant plus que Marian, féministe, incarne le personnage le plus touchant. L’auteur le voulait ainsi : il voulait peindre un personnage de femme forte, indépendante - pour cela, il s’est inspiré de son énergique petite-sœur.

John Boyne, l'auteur irlandais à Paris, le 16 avril 2015 photographie © vivelaroseetlelilas

Le secret de Tristan ne pouvait être celui de sa sexualité, car le roman s’ouvre sur un certain nombre d’annonces - notamment avec celle qui accompagne son arrivée à Norwich pour rencontrer Marian, il ne peut prendre possession de sa chambre et n’est pas choqué par le fait que deux hommes y aient passé la nuit. L’on sait, dès le début, que Tristan est gay.
 
Quel est donc son véritable secret ? Je vous laisse le découvrir !

Note : Cette chronique est enrichie par la discussion que j’ai pu avoir avec l’auteur lors d’une rencontre organisée par son éditeur français, l’Archipel, à Paris, le 16 avril.

«Le secret de Tristan Sadler» de John Boyne - L’Archipel 2015

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire