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10 mai 2015

La passion de Frida et Léon : quand Kahlo et Trotski devinrent les Amants de Coyoacán

Frida Kahlo, peintre et femme fascinante, est à nouveau au cœur d’un livre de Gérard de Cortanze. Après la biographie que l’auteur lui a consacré en 2011 et la présentation du recueil de photographies de Gisèle Freund deux ans plus tard, c’est dans la liaison qu’entretinrent la Mexicaine et le Russe que le romancier a puisé la matière des «Amants de Coyoacán». 
 
couverture du roman : peinture de Diego Rivera ; photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Après des années d’exil, Trotski, le banni du régime stalinien, et sa femme Natalia sont hébergés dans la Casa Azul, la maison de famille de Frida. C’est sur intervention personnelle du célèbre muraliste Rivera que l’exilé est accueilli au Mexique en 1937, et c’est chez lui que Trotski va trouver, provisoirement, un certain réconfort, un certain répit. Pourtant, rapidement, malgré l’hospitalité de Diego Rivera, Léon devient «Barbichette» : l’amant de Frida. Et en dépit des mesures de sécurité, des risques d'attentat, des menaces de la Guépéou, les deux révolutionnaires vont se conduire comme des adolescents, amoureux comme à vingt ans...

Elle, on le sait, aime les défis lancés à sa santé toujours chancelante, les défis à la morale, les défis sexuels. Coucher avec un homme - marié - de l'envergure de Trotski, même si cette envergure est déclinante, cela la passionne. La rend heureuse, également : dans cette vie de souffrances physiques et morales, certaines aventures ont compté davantage. Son idylle avec Léon Trotski la rend productive, elle provoque son mari en répondant ainsi à ses infidélités incessantes, et surtout, elle peint énormément. C’est aussi l’occasion pour l’auteur de se moquer d’André Breton : le pape du surréalisme, à peine débarqué, explique à Frida son propre pays. Pour autant, il ne manque aucunement d’intuition dans son analyse de la peinture autobiographique de Frida Kahlo, même si c’est un personnage agaçant dont le meilleur atout est la femme, Jacqueline…

Le Mexique, «luxuriant», est quasiment un personnage à part entier du roman : le décor prend ici beaucoup de place, dans ce beau livre, il n’y a pas simplement l’évocation des toiles de Frida, il y a évidemment ce pays fantastique, à la végétation extraordinaire. On est presque bercé par une certaine chaleur, enivré par les alcools que boit sans cesse Frida ; la lecture ayant certains effets hallucinogènes, on croirait entendre les chants populaires que l’artiste détourne avec sa vulgarité burlesque.
Quand on arrive enfin à la page des remerciements, on s’aperçoit que Gérard de Cortanze a dû, à un moment donné, penser à intituler le livre : «Un amour de Frida», sans doute parce que sa passion pour cette sorte de déesse aztèque incarnée au 20ème siècle demeure la personnalité la plus intéressante du livre, car éblouissante.

A travers le récit de ses sombres dernières années de la décennie 1930, Gérard de Cortanze raconte donc, à nouveau mais différemment, l’âpre peinture de Frida, son caractère provocant. Mais dépeint aussi un Trotski inattendu, et redonne encore une fois vie à l’âme sœur - autant que damnée - de Frida : Diego Rivera, ogre calculateur et méchant, mais comme elle, «bigger than life».

5 commentaires :

  1. Je veuuuux! Il a l'air passionnant !

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  2. Tu m'apprends là une grande nouvelle. J'étais passée à côté de l'info. Clairement, il me le faut.

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