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28 mai 2015

L'aquarelliste, un portrait de femme esquissé par Beatrice Masini

Avec un style presque suranné pour un récit contemporain, Beatrice Masini emporte le lecteur dans un récit songeur, introspectif et tout en délicatesse. Il est question de fleurs, de sentiments, il est question de la place du destin et de celle qui est assignée, par leur naissance, aux êtres.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas

Alors que la Lombardie, sous domination autrichienne, résiste avec une langueur trompeuse à l’envahisseur prussien, l’héroïne du roman, celle qui lui donne son titre, arrive de Londres dans cette Italie du Nord aussi belle que secrète. Bianca n’a pas vingt ans, mais elle est une surdouée du dessin. Rapidement, le Tout-Milan se disputera les dessins de «l’astre naissant de la botanique illustrée». L’aquarelliste compose avec la vie en communauté aristocratique, les maîtres et les serviteurs, les liens noués et dénoués, et elle au-milieu. Artiste, femme, elle flotte dans la grande maison de Brusuglio, puis se découvre coquette lorsque la famille quitte  la campagne pour la ville.

Bianca dessine, comme le veut Don Titta, toute la flore de sa vaste propriété. Elle peint, elle compose, elle arrange, elle écrit mentalement à son père récemment décédé tout ce qu’elle pense des silences, des conversations surprises. Parfois, elle pense à ce frère qui l’a presque chassée de la maison familiale, pressé qu’il était de l’habiter avec sa femme, pressé d’être un maître. Elle, elle n’en veut pas de maître, ou peut-être voudrait-elle Don Titta, parce qu’il est inaccessible et surtout parce qu’il est poète – et puis un peu révolutionnaire.

« Elle ne comprend pas que certaines vérités ne sont pas faites pour flotter au vent comme des bannières, mais doivent plutôt rester repliées au fond de malles oubliées. »
 
Surtout, elle se prend d’amitié presque filiale pour Pia, la domestique préférée, vive et gaie, sorte de petite sœur, famille de substitution. Elle s'imagine Emma Woodhouse, enquêtant sur cette petite fille qu’on a déposé dans le tour, un dispositif qui permet aux géniteurs d’abandonner les enfants dont ils ne veulent ou ne peuvent assurer la subsistance. Pendant ce temps, on découvre les caractères des autres membres de la maisonnée, la matriarche légèrement tyrannique, comme il se doit, et donna Julie, la bru de constitution fragile, les enfants du couple, filles et garçonnets. Et les hommes aussi bien sûr quoique souvent en retrait, le précepteur Innes, anglais comme Bianca, Tommaso, poète un rien pique-assiette, et les autres.
Bianca, légère, un soir de bal, passera de bras en bras, de danses en danses.

Quel sera le dénouement de cet apprentissage du monde ? Un après-midi, dans l’indolence de l’été, la lecture de «L’aquarelliste» correspondra à l’engourdissement temporel que provoque tout roman historique, et vous serez à même de respirer le parfum légèrement vénéneux d’une intrigue développée avec assez de nonchalance pour que le lecteur ne pressente pas la venue de l’orage.
 

7 commentaires :

  1. Très belle chronique qui restitue à merveille l'atmosphère du roman.
    Comme toi, j'ai plongé dans ce roman d'ambiance.

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  2. Je n'avais jamais entendu parler de ce titre et ton billet donne sacrément envie! Merci pour la découverte!

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    1. La couverture m'avait franchement tapé dans l'oeil. L'histoire est du même style que L'empreinte de toute chose, parfois il peut y avoir des longueurs (pour les points un peu moins forts voir la critique de Miss Alfie), mais l'écriture est très travaillée et m'a plu.

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  3. Ton article nous met déjà un pied dans le roman et ton montage est très beau. Allez hop. Lecture de plage :)

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    1. Merci ! J'espère que tu pars longtemps pour tout lire ;o)

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    2. Tu as bien ciblé le problème ! Parce qu'en plus je vais bien passer toute la première semaine à dormir au lieu de lire ^^

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