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24 mai 2015

L'astronome de Samarcande : le théorème de Jean-Pierre Luminet

Parfois, il faut savoir sortir de sa zone de confort de lecture. Je l’admets, ce livre est un roman historique, comme j’en dévore beaucoup – ce qui fait de ma lecture de «L'astronome de Samarcande» une sortie de route limitée. Cependant, l’héroïne principale du roman, la science, et particulièrement celle des astres, ne m’est guère familière.

 carreau décoratif du mausolée dédié à Abu Tengi à Samarcande ; photomontage © vivelaroseetlelilas

Pourtant, si la trigonométrie et les éclipses, les théorèmes et les parallaxes sont bien présents dans ce récit de Jean-Pierre Luminet, il est tout à fait possible de se passionner pour son roman en étant mauvais en mathématiques – j’en suis la preuve. Il faut dire que le rayonnement des sciences est un sujet passionnant et qu’à l’époque troublée à laquelle le récit se situe, il s’agit aussi de comprendre le vaste empire timouride qui se fait et se défait – de Samarcande à Ispahan- tandis que les astronomes, de générations en générations, de maîtres en disciples, de copistes à bibliothécaires, se transmettent le bâton d’Euclide.

«Les religions se dissipent, telles la brume du matin
Les royaumes s’effondrent, telle la dune sous le vent
Seule la science s’inscrit dans le bronze de l’éternité.»

Le personnage central du livre, Ulugh Beg, est un souverain lettré, passionné par l’étude et réticent à régner. Heureusement, la longévité de Chah Rukh, fils du conquérant sanguinaire Tamerlan, l’en dispense. Alors que Chah Rukh dirige l’empire et règle toutes les affaires d’État d’Hérat (aujourd’hui en Afghanistan), son fils Taragaï dit Ulugh Beg fait de Samarcande (aujourd’hui située en Ouzbékistan) une cité de savants. Entouré de son maître, Qadi-Zadeh, que le lecteur rencontre adolescent au début du roman, et d’un génial jardinier autodidacte, Al-Kashi, il poursuit l’œuvre de sa vie, un traité d’une somme de connaissances mathématiques, et l’édification d’un observatoire comme jamais le monde n’en a encore vu.
 
Mais une telle construction, comme les hypothèses d’Al-Kashi - selon lesquelles la Terre tournerait autour du Soleil, lui-même immobile - rendent fou de rage l’héritier d’Ulugh Beg : l’obscurantisme rôde aux portes de Samarcande…

L’astrophysicien et écrivain Jean-Pierre Luminet donne libre cours à son imagination pour faire vivre ces savants, des légendes certes, mais de simples mortels aussi. On éprouve notamment une grande tendresse pour le monarque Ulugh Beg, tiraillé entre ses devoirs de prince et sa passion pour les étoiles.
Les propos de l'auteur en postface de l’ouvrage permettent au lecteur curieux de faire la part des choses réelles et des caractères inventés, tout en conservant également quelques mystères.

«Et Taragaï inspirait plus de vénération et de crainte sacrée qu’Ulugh Beg assis sur son trône ou perché sur son char d’apparat.»
 

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