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1 mai 2015

Le bal du siècle, rose et jasmin entre Venise et Lahore par Stéphanie des Horts

Stéphanie des Horts aime les mondes qui n’en finissent pas de mourir, les déchéances longues et pleines de turpitudes. Il était logique qu’elle s’intéresse, après plusieurs romans consacrés à la gentry anglaise, aux Indes Britanniques, à ce «monde d’hier» colonial, lointain et exotique.

graphisme © vivelaroseetlelilas

Nina a quinze ans à Lahore, en 1947. Peut-être parce qu’elle est différente, fruit d’un mariage d’amour entre un capitaine anglais et une Indienne, peut-être simplement parce qu’elle s’ennuie comme on peut s’ennuyer à quinze ans, seule et surveillée, Nina sème la zizanie. Tel un petit diable trop gâté, Nina Stanley jette son dévolu sur le meilleur ami de son père - on sent un complexe d’Electre mal résolu ; Nina jalousant démesurément sa mère, laquelle plaît autant à son mari qu’au mystérieux Jack O’Hara…

Nina s’invente son éducation sentimentale sous de troubles auspices, s’enfermant dans un refus terrible de se confronter à la réalité de la déréliction de l’Empire britannique. Bientôt, la ville est à feu et à sang, les conflits religieux ravagent tout.

Quelques années plus tard, en 1951, se donne le bal du siècle, surnommé ainsi avant même qu’il ne commence. Habillés en Dior, costumés par Salvador Dali, Orson Welles, Marie-Laure de Noailles, Nancy Mitford, tous se pressent au Palais Labia. Cette soirée signe la fin d’une époque. Pierre Saint-Cyr, dépêché pour couvrir l’évènement, le sent : c’est une société devenue la caricature d’elle-même. Les conversations qu’il surprend, les médisances qu’il retient en sont autant de signes : la soirée organisée par Charles de Beistegui sera la dernière en son genre. Aristocrates, artistes, collectionneurs et hommes de lettres, leurs maîtresses, leurs amants, se mêlent encore une fois. A ce bal incroyable, cosmopolite, mondain et cabotin, à l’heure de la dernière heure, Nina cherche Jack. Charmé par la jeune femme, Pierre Saint-Cyr, impuissant, assiste à l’inexorable déroulé de la soirée.
 
«Sous les lambris dorés du Palazzo Labia, barons et marquis, princes et comtesses, altesses royales, actrices et gigolos se trémoussent. Rumbas, sambas, cha-cha-cha et charleston. Ils ne savent plus s’ils se sont déjà croisés dans un lit, une église ou bien l’ascenseur du Savoy, ils dansent au bout de la nuit, à la grâce de Dieu et pour l’apothéose de Charlie de Beistegui.»

Stéphanie des Horts peint deux décadences, en alternant les souvenirs de Nina et les exubérances frivoles des invités au bal. Les dernières grandes parades mondaines et amoureuses, de Lahore à Venise, laissent au lecteur un entêtant parfum de rose et de jasmin...

«Le bal du siècle» de Stéphanie des Horts - Albin Michel 2015

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