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29 juin 2015

Nora ou le paradis perdu : le cauchemar castriste dit par Cecilia Samartin


Dans «Nora ou le paradis perdu», Cecilia Samartin évoque le destin parallèle de deux femmes. Sur un quart de siècle, entre 1956 et 1981, il s'agit d'évoquer deux itinéraires de vie dissemblables : celui de Nora dont la famille fuit la révolution cubaine, et celui d'Alicia, sa cousine aussi proche qu'une sœur, qui tombe amoureuse d'un Noir révolutionnaire… tandis que son père est emprisonné.


photomontage © vivelaroseetlelilas

Ce roman, poignant mais généreux, est en grande partie autobiographique : chaque personnage, chaque situation a été vécue par des proches. L’écrivaine s’est en effet nourrie des récits familiaux, elle qui n’avait pas un an lorsque ses parents ont fui l’espoir trahi par Castro.
C’est d’ailleurs son premier livre - mais Cecilia Samartin est devenue une écrivaine populaire en France avec la traduction du «Don d’Anna» et d’autres titres, ce qui explique cette traduction qui peut sembler tardive. Pour l’auteure, la proximité de son propre vécu avec le premier texte est naturelle : il est logique que vienne d’abord et avant tout le désir de faire face à ses propres démons - avant de pouvoir passer à autre chose.


«Nora ou le paradis perdu» est pour une bonne part épistolaire ; les lettres que Nora envoie à Alicia et celles que cette dernière écrit à Nora sont des moments particulièrement importants - et émouvants de l'intrigue. Par là, l'auteure renforce l'impression de miroir entre les deux jeunes femmes. Il y a une dimension quasi schizophrénique du récit : les deux filles, devenues femmes, se regardent continuellement vivre - ou survivre, séparées par le Golfe du Mexique. L'une réussit aux Etats-Unis, l'autre sombre dans la misère à La Havane.

Petite et grande histoire se répondent par ailleurs constamment, tout en évoquant des thématiques plus intimistes dans lesquelles chacun peut se reconnaître : les affres de l’adolescence, l’amour interdit, la transgression de classe, etc. 
Cuba «no libre», Cuba rêvé, Cuba regretté. 
 
La douleur de l’exil, magnifiée, donne à lire la souffrance longtemps ignorée des Cubains, et toujours niée par une partie des Américains, alors que s’amorcerait une évolution des relations entre les deux pays. L’écrivaine ne croit guère à ce rapprochement économique, elle qui souhaite respecter la promesse que ses parents se sont faits en s'expatriant : revenir un jour à Cuba, lorsque l’île sera libre. 

En attendant, respectez avec elle cette déchirante promesse tout en voyageant quand même à Cuba, lisez ! Et Cecilia, elle, rédige un nouveau livre sur cette normalisation vue, une nouvelle fois, de son angle favori : la famille, et les femmes qui la composent.

Note : Cette chronique est enrichie par la discussion que j’ai pu avoir avec l’auteure lors d’une rencontre organisée par son éditeur français, l’Archipel, à Paris, le 25 juin. 

photographie © Félix José Hernandez, retouche © vivelaroseetlelilas
 

22 juin 2015

Les crevettes ont le cœur dans la tête : gloussons avec Marion Michau + concours

Bien entendu, l’héroïne des « Crevettes ont le cœur dans la tête » est une trentenaire parisienne célibataire – rarement très longtemps -, qui partage son emploi du temps entre son job de scripte, inépuisable réservoir à gossips et ses soirées entre « louves ».

graff : détail d'une toile photographiée en 2009 (expo TAG au Grand Palais) ; photomontage © vivelaroseetlelilas

Principalement donc passées avec Miranda, Samantha, non, pardon,... Babeth, la sexy-nympho, Sophie, l'irréductible randonneuse et Léa, dotée d’un couple invincible et comme telle, «insensible au malheur d’autrui» mais prompte à remettre notre Marion dans le droit chemin du raisonnable. Quand cette dernière se laisse faire, car, évidemment, quoi de plus drôle que toutes les fois où elle désobéit et agit selon son caprice pour un acteur au nom qui sonne comme une promesse (Solal), et dont elle se verrait bien l’Ariane. 

Soirées entre le Baron et le Montana perchée sur des Louboutin-achat-compulsif-du-jour, notre Marion pourrait être si caricaturale que cela ne fonctionnerait pas. Heureusement, dans sa quête de l’homme parfait, qui se confond avec l’introspection à laquelle elle refuse de se livrer et conséquemment avec l’acceptation des limites d’une adulescence persistante, la jeune femme fait preuve d’un humour ravageur et d’une autodérision permanente.

« J’ai eu de vraies histoires quand même, mais si toutes méritaient un détour, aucune ne valait le voyage. Je me retrouve donc célibataire à l’âge où ma mère pouponnait son troisième enfant (moi) un bijou de gaité et d’intelligence primitive (faudrait pas vieillir). »

Résultat, le livre devient le journal de Bridget Jones frenchy que l’on attendait. Marion ne nous épargne aucun de ses faux pas amoureux, reconnaissant qu’elle n’a pas toujours couché «utile». On ricane beaucoup, et chacune (car ne nous leurrons pas, ce livre est destinée aux nanas, même s’il serait bien utile à ces messieurs) rira parfois jaune, se souvenant de quelques situations qui réactivent des zones douloureusement honteuses de sa mémoire.
 
Peut-on écrire de la chick-lit de qualité ? Avec ce journal sexy d’une trentenaire, Marion Michau réussit avec brio ce pari risqué, en proposant un roman capable de rivaliser avec les meilleures rom-com américaines. En pensant « Sex list », on rit Klapisch : alliance réussie et surtout, happy end que je vous laisse découvrir.

Concours : 5 exemplaires à gagner !

Pour fêter l’été, les éditions Albin Michel ont la gentillesse de vous faire gagner 5 exemplaires du roman. Soyez des crevettes marrantes et envoyez-moi un petit mail comprenant votre adresse postale à l’adresse du blog : vivelaroseetlelilas@gmail.com !
 
Le concours est ouvert jusqu’au 30 juin minuit, et concerne la France métropolitaine. Je tirerai au sort les gagnantes de ce roman à placer sur son fouta dans la foulée !
Vous pouvez liker ma page Facebook, cela soutient le blog, mais pas d’obligation.
Bonne chance à toutes !

Edit du 1er juillet : Les crevettes gagnantes sont Célia, Florence, Lucie, Marion et Elisabeth. Bravo à elles et merci à toutes pour vos participations :)
 

18 juin 2015

Les Arpèges de Jeanne Lanvin orchestrés par Isabelle Mestre

Quelques semaines après la visite enchanteresse de l’exposition consacrée à Jeanne Lanvin, la lecture d’une biographie de cette femme discrète s’est imposée comme un complément nécessaire à cette sortie.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas

Isabelle Mestre, pour ses «Arpèges», a composé la petite musique d’une grande dame solitaire. Au soir de sa vie, Jeanne se souvient, avec une mélancolie dont elle se défend pourtant. Construit comme un monologue adressé à celui qui aurait pu être l’amant d’une femme qui se définit elle-même comme inaccomplie, le récit, à la première personne, semble refléter la femme qui l’évoque. Intimiste, réservé, il raconte la vie d’une des grandes figures de la mode du siècle dernier.

Nées à la fin du 19ème, des femmes qui fuyaient une enfance de misère - Coco Chanel, Jeanne Toussaint, ... ont investi les arts appliqués avec une soif de revanche et de réussite incroyable. Jeanne Lanvin, née en 1867, vingt ans environ avant les autres, fait figure de pionnière.
Mais «Arpèges» raconte davantage son enfance sans joie, occupée à élever les enfants sans cesse renouvelés de ses parents, sa vie de jeune fille, très tôt échappée de ce foyer qui n’en avait que le nom, et sa vie de femme. Ou plutôt, son absence, déplorée à demi-mots puis avec plus d’emphase à mesure que le roman se termine.
Et, bien sûr, raconte sa fille, «l’héritière», Marie-Blanche de Polignac, celle dont elle est si fière, qu’elle aime d’un amour si dévorant que Jeanne Lanvin est toute là, dans le logo maternel de la marque. Celle qui baptise le parfum emblématique de sa mère : Arpège. Mais dont, parfois, Jeanne regrette qu’elles ne puissent se comprendre.

«A elle les amis, musiciens ou poètes, à moi les affaires, la masse plus nombreuse des conquêtes matérielles.
A elle les lieux d’aventures sentimentales, à moi ceux des foules en marche.»

Avec un style élégant - indispensable pour dire Jeanne - , Isabelle Mestre fait revivre ses débuts, les souvenirs vagues de ses maris, et, bien plus vivaces, ceux des femmes qui l’ont inspirée, pour qui elle a créé.

«Jeanne Lanvin, Arpèges» d’Isabelle Mestre - Le Passage 2015
 
Ouvrage reçu dans le cadre de «Masse Critique», opération organisée par Babelio.

14 juin 2015

Les gens sensibles boivent du jus de poire : Je suis là de Clélie Avit

Parfois, même si ce n’est pas mon habitude ici, il est intéressant de se plonger dans un phénomène littéraire (ou plutôt, le mot le plus juste est : éditorial). La dernière fois que je l’ai fait, c’était pour «Le liseur du 6h27», j’avais été enthousiasmée par ce conte que l’on nous annonçait comme le succès d’un inconnu qui faisait s’envoler les statistiques des achats de droits.

montage © vivelaroseetlelilas

Le même phénomène accompagne «Je suis là» : cessions dans toute l’Europe, enthousiasme du jury de la Fondation Bouygues Nouveau Talent, le premier roman de Clélie Avit semblait prometteur. Son argument : «Une histoire d’amour peut-elle naître en s’allongeant auprès d’une inconnue endormie ?». Au préalable, précisions qu’ «endormie» est un euphémisme, puisque le personnage féminin est dans le coma. Tout de suite, cela semble un peu plus tiré par les cheveux que ne le prévoyait déjà l’énoncé de la quatrième de couverture.

Elsa aime : la montagne, la montagne et … la montagne. On n’en saura guère plus. C’est vrai que malgré son monologue intérieur, on n'apprend pas grand-chose sur elle. Les cimes enneigées et dangereuses étaient sa raison de vivre et aussi son métier, et cela l’a menée sur ce lit d’hôpital – de quel  ville, de quel coin de France, cela n'est pas dévoilé. On est certain de son célibat et de son affection pour sa famille.
 
Thibault, son visiteur mystérieux, aime : le jus de poire, le jus de poire, et… le jus de poire (c’est un marrant, Thibault). On n’en saura pas vraiment davantage non plus. Alors, si, bien sûr, comme lui n’est pas dans le coma, le lecteur bénéficie de quelques éléments de psychologie concernant le personnage. Thibault a eu une histoire d’amour qui s’est mal terminée. Son frère est dans la chambre en face de celle d’Elsa, suite à un accident de voiture. Thibault refuse d’y entrer car le frangin a renversé deux ados qui y sont restées. A la place, il vient faire sa sieste à côté d’Elsa. Après, il rentre chez lui boire son jus de poire (vous aviez saisi, non ?). Le reste du temps, Thibault travaille dans l’écologie (mais on ne sait pas très bien ce qu’il fait, tout cela n’a pas d’importance dans les romances). Thibault aimerait bien fonder une famille, alors il fantasme sur le couple formé par son meilleur ami et sa femme Gaëlle. Il adore leur fille (moments sirupeux à propos du bébé à prévoir, dignes des conversations les plus ennuyeuses que vous avez avec les nouveaux parents autour de vous). Amis anticonformistes, passez votre chemin.

Évidemment, l’histoire est bien conçue, on la lit d’ailleurs très rapidement. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’on n’est pas gêné par le niveau de langue et la complexité du récit : « Je me retourne par réflexe, sans préoccupation pour l’avancée des autres véhicules devant moi. Je reconnais effectivement Julien au travers des pare-brise de la voiture qui nous sépare et lui fait signe. Il me répond par des appels de phares. Le conducteur du véhicule entre nous fait une drôle de tête mais comprend finalement que je ne m’adresse pas à lui. » Ouf ! 

Il faut rendre justice à Clélie Avit : le texte a été rédigé pour un concours. Ce qui aurait été épatant, c’est qu’on lui laisse le temps de supprimer ce type de passages dispensables.

A recommander aux parents de Vincent Lambert, mais pas à sa femme. Pour une histoire de coma qui prend aux tripes, je vous renvoie à un texte dont les qualités, à la lumière de celui-ci, me semblent plus évidentes.

Prix Nouveau Talent de la Fondation Bouygues 2015

11 juin 2015

Au temps des Mammouths, racontez-vous Lascaux

Lascaux à Paris. L’archi-nommée et renommée chapelle Sixtine de la Préhistoire à la Porte de Versailles. A priori cela me rendait perplexe. Aujourd'hui, j’ai donc décidé d’échapper à la chaleur tropicale en m’isolant dans les salles obscures de l’exposition Porte de Versailles.

On connaît tous peu ou prou l’histoire de Lascaux, la découverte de la grotte par des adolescents en septembre 1940 (certaines bêtises ont du bon), la marée perpétuelle des visiteurs qui gêne le travail des scientifiques, et, finalement, la fermeture de la grotte au début des années 60 et l’ouverture de «Lascaux II», fac-similé des fantastiques salles d’art pariétal.

L’exposition «Lascaux à Paris» est organisée en quatre grands espaces, très didactiques, qui permettent de figurer à l’identique les célèbres peintures rupestres du Périgord. La première zone se visite rapidement, il s’agit de revenir sur la découverte de la grotte et son succès.

Le deuxième espace est davantage prenant : le visiteur évolue entre les maquettes des différentes salles de la grotte, qui permettent de saisir l’organisation souterraine de Lascaux. Le mascara collé aux lunettes 3D, je dois admettre avoir été saisie par la façon dont le film projeté vous renvoie 19 000 ans en arrière.

Mais, évidemment, le plus intéressant est de s’assoir devant les reconstitutions proprement dites, le «Lascaux III». On peut saluer ici la volonté de ne pas faire dans le sensationnel (certes le concept même d’une telle installation est évidemment le divertissement !) : on n’entre pas dans la grotte, comme c’est parfois le cas pour d’autres reconstitutions. Les panneaux sont en effet bien délimités dans ce troisième espace, il s’agit de passer d’une fresque à une autre et non de jouer à l’homme de Cro-Magnon (ceci étant dit les sculptures ultra-réalistes d’Elisabeth Daynès fascinent les enfants - et les adultes). Car les richesses picturales de Lascaux ne se limitent pas à la scène du Puits ou à la frise des Cerfs : des milliers d’inscriptions composent l’ensemble originel.
 
Frise des cerfs, Lascaux III : reconstitution ; photographie © vivelaroseetlelilas

Dans la dernière partie de l’exposition, on revient sur les conditions dans lesquelles cet art pariétal s’est développé : outils, couleurs, mais aussi objets utilitaires sont présentés pour contextualiser les peintures. La qualité des dispositifs numériques m’a convaincue, agréables et simples à manier, ce sont autant d’«en savoir plus» que le visiteur manipule à sa guise (ma préférence à celui qui évoque l’unique scène présentant un homme).

Vous l’avez compris, sans attentes particulières, j’ai été emportée loin en arrière. Un voyage dans le temps fascinant que je vous recommande en attendant les vacances.

Jusqu’au 30 août 2015.

Lascaux à Paris
Parc des Expositions
1 place de la Porte de Versailles
75015 PARIS

7 juin 2015

La fresque ottomane de Theresa Révay : L’autre rive du Bosphore

Après «Dernier été à Mayfair», qui s’attardait sur la fin du grand 19ème siècle en Europe, Theresa Révay a continué à s’intéresser peu ou prou à la même époque. Même si pour «L’autre rive du Bosphore», elle se place non pas avant le premier conflit mondial mais juste après la défaite de la Triple Alliance, dans la ville qu’on appelle encore Constantinople.
 
montage © vivelaroseetlelilas
 
L’intrigue se déroule sur les courtes années qui séparent la fin de la guerre et l’effondrement de l’Empire ottoman. Dans la ville occupée par les Alliés, la demeure de Leyla et Selim est réquisitionnée au bénéfice de la famille d’un officier français, Louis Gardelle. Traumatisé par les tranchés, psychologiquement ébranlé par la Grande guerre, Louis attend avec appréhension l’arrivée de sa femme, Rose, et de sa fille. Selim a obtenu du Français un partage de la demeure, donnant en partie satisfaction à sa mère, Gülbahar, figure hiératique et autoritaire gardienne des traditions ottomanes.

Leyla est le personnage principal du roman, héroïne inspirée par une personnalité ayant réellement existé. Belle, rebelle, talentueuse et courageuse, Leyla transgresse une à une les coutumes anciennes. En osant écrire contre le sultan, alors que son mari est un proche collaborateur de Mehmet VI, en soutenant Orhan, son frère engagé dans les luttes nationalistes, Leyla s’affirme peu à peu. Et fait la connaissance des camarades d’Orhan : Gürkan et Hans, archéologue allemand passionné par les Hittites.

«De l’Occident, Leyla Hanim voulait la pensée moderne, la liberté d’esprit, la contradiction, mais elle en rejetait l’égoïsme. De l’Orient, elle garderait toujours la sensibilité et la sincérité.»
 
Tandis que Louis Gardelle s’éprend d’une aristocrate russe en fuite et réduite à la prostitution, sa femme, persuadée qu’il est séduit par Leyla, fouille le haremlik - la partie de la maison réservée aux femmes que Louis a laissé la famille habiter.
Les jeux de pouvoir et de séduction entre tous les personnages ne font alors plus que s’intensifier, comme les combats menés par Mustafa Kemal en Anatolie...

Le livre est très documenté mais reste un excellent roman historique, haletant. Plus original que «Dernier été à Mayfair», j’ai trouvé que «L’autre rive du Bosphore» surprenait. L’histoire d’amour n’est pas celle à laquelle je m’attendais, certaines péripéties sont à la fois imprévisibles et absolument crédibles, ce qui fait du livre une fresque extrêmement réussie. Les personnages, comme autant de clés et symboles des mutations de l’époque, sont tous intéressants et j’ai même fini par ressentir de l’empathie pour cette affreuse Rose Gardelle, à l’heure de sa mort.

Les derniers rebondissements entre les protagonistes accompagnent les ultimes respirations de l’empire. J’imagine sans mal l’enthousiasme des jurés qui a conduit à la remise du prix Historia au livre !
Et vous, avez-vous déjà lu des romans de l'auteure ?

Prix Historia du roman historique 2014
«L’autre rive du Bosphore» de Theresa Révay - Pocket 2015