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18 juin 2015

Les Arpèges de Jeanne Lanvin orchestrés par Isabelle Mestre

Quelques semaines après la visite enchanteresse de l’exposition consacrée à Jeanne Lanvin, la lecture d’une biographie de cette femme discrète s’est imposée comme un complément nécessaire à cette sortie.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas

Isabelle Mestre, pour ses «Arpèges», a composé la petite musique d’une grande dame solitaire. Au soir de sa vie, Jeanne se souvient, avec une mélancolie dont elle se défend pourtant. Construit comme un monologue adressé à celui qui aurait pu être l’amant d’une femme qui se définit elle-même comme inaccomplie, le récit, à la première personne, semble refléter la femme qui l’évoque. Intimiste, réservé, il raconte la vie d’une des grandes figures de la mode du siècle dernier.

Nées à la fin du 19ème, des femmes qui fuyaient une enfance de misère - Coco Chanel, Jeanne Toussaint, ... ont investi les arts appliqués avec une soif de revanche et de réussite incroyable. Jeanne Lanvin, née en 1867, vingt ans environ avant les autres, fait figure de pionnière.
Mais «Arpèges» raconte davantage son enfance sans joie, occupée à élever les enfants sans cesse renouvelés de ses parents, sa vie de jeune fille, très tôt échappée de ce foyer qui n’en avait que le nom, et sa vie de femme. Ou plutôt, son absence, déplorée à demi-mots puis avec plus d’emphase à mesure que le roman se termine.
Et, bien sûr, raconte sa fille, «l’héritière», Marie-Blanche de Polignac, celle dont elle est si fière, qu’elle aime d’un amour si dévorant que Jeanne Lanvin est toute là, dans le logo maternel de la marque. Celle qui baptise le parfum emblématique de sa mère : Arpège. Mais dont, parfois, Jeanne regrette qu’elles ne puissent se comprendre.

«A elle les amis, musiciens ou poètes, à moi les affaires, la masse plus nombreuse des conquêtes matérielles.
A elle les lieux d’aventures sentimentales, à moi ceux des foules en marche.»

Avec un style élégant - indispensable pour dire Jeanne - , Isabelle Mestre fait revivre ses débuts, les souvenirs vagues de ses maris, et, bien plus vivaces, ceux des femmes qui l’ont inspirée, pour qui elle a créé.

«Jeanne Lanvin, Arpèges» d’Isabelle Mestre - Le Passage 2015
 
Ouvrage reçu dans le cadre de «Masse Critique», opération organisée par Babelio.

6 commentaires :

  1. Voilà un livre qui a l'air passionnant, merci pour la découverte !

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    1. Oui, et tout autant pour les amatrices de mode que pour celles qui s'intéressent aux destins de femmes. A lire ce texte, il y aurait peut-être, en s'avançant un peu, la possibilité de dire que Jeanne Lanvin fut une femme gelée (cf Annie Ernaux). J'ai eu l'intuition que c'est un des messages qu'a voulu faire passer l'auteure.

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  2. je l'avais trouvé très intéressant également! un sacré parcours!

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    1. Oui je me souviens que ta critique était enthousiaste ! Et je m'étais même dit : c'est rare qu'elle le soit autant, je me le note dans un coin de ma tête. Avec l'expo et la MC, c'est ressorti facilement ;)

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  3. Perso, j'aime beaucoup le style de ton blog ! Merci pur la découverte de cet ouvrage.

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