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20 juillet 2015

Pourquoi une petite pause ?

C’est vrai, cela ! Je n’ai rien posté depuis mon dernier billet consacré à ce livre si fort sur la condition des femmes afghanes. Une critique difficile, d’autant plus que je ressentais un certain essoufflement. J’ai ouvert cet espace aux premiers jours de 2012, et les étés qui ont suivi, j’ai alimenté vivelaroseetlelilas été comme hiver.

photographie © vivelaroseetlelilas

Je ressens le besoin de faire quelques semaines de pause. Pour mieux retrouver l’envie du clavier afin de peaufiner mes critiques de rentrée littéraire, qui démarreront dans un petit mois.

En attendant, je vous souhaite à tous un bel été !
N'hésitez pas à relire les critiques manquées pour parfaire votre sélection de plage :)

8 juillet 2015

La perle et la coquille, les naseeb entrelacés de deux Afghanes, par Nadia Hashimi

Il y a des romans dont il est facile de parler. Il y en a d’autres dont la critique est ardue, qui ne se résument pas, ne se laissent pas enfermer dans leur intrigue, par leurs personnages. Il y a aussi ces livres dont il est complexe de dire quelque chose tant ils se suffisent à eux-mêmes, et tant leurs sujets se dispensent d'exégèse.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Partant, vous avez compris que «La perle et la coquille» ressort de la troisième catégorie. A un siècle d’intervalle, l’histoire de Shekiba et celle de Rahima, son arrière-arrière petite-fille, racontent l’enfer de la condition féminine en Afghanistan. Et surtout, la perspective historique du roman permet à son auteure de montrer la régression qui s’est opérée, alors que les années 50 et 60 avaient été plus heureuses et plus libres.

«La perle et la coquille», ce sont donc les histoires entrelacées de Shekiba et de Rahima. Des femmes au destin aride : Shekiba, au tout début du 20ème siècle, a eu le visage accidentellement brûlé et subit depuis son enfance la difformité qui fait d’elle un objet de rejet et de honte ; Rahima, peu après la chute du régime des Talibans a vécu les plus belles heures de sa vie comme «bacha posh», mais c’est aussi ce qui lui a valu d’être repérée par un seigneur de guerre.

«Que peut faire une fille dans ce monde, de toute façon ?»

Le récit de la vie martyrisée de Shekiba est peu à peu dévoilé par la tante de Rahima à celle-ci et à ses soeurs, Shahla et Parwin. C’est elle qui insiste pour que ses nièces aillent à l’école, bravant le courroux de son beau-frère, mercenaire drogué et violent. C’est elle qui a l’idée de transformer Rahima en «bacha posh», comme son aïeule Shekiba qui passa un temps de sa vie garde du harem royal, travestie en homme. Les deux naseeb, destinées de ces femmes font entrevoir l’horreur des mariages forcés, la terreur exercée par les belles-mères qui frappent les épouses de leur fils comme pour se venger de leur propre souffrance... Alors que Shekiba va entrevoir les changements possibles grâce au souverain réformateur Amanullah, un siècle plus tard, les conséquences de l’évasion de Rahima restent à écrire dans l’Afghanistan actuel.


«Tu pourras aller à l’école sans avoir peur d’être embêtée par les garçons. Tu pourras jouer à des jeux. Qu’est-ce que tu en dis ?
C’était le paradis, voilà ce que j’en disais !»

Brassant tous les problèmes de l'Afghanistan, des difficultés privées (la toxicomanie, les innombrables troubles post-traumatiques dans un État sans cesse en guerre), aux fléaux publics (les luttes d’influences des chefs de guerre, la corruption, les mariages forcés), le livre de Nadia Hashimi est nécessaire. Mais il est dur. Au début du roman, on rit du travestissement de Rahim(a) et on se demande comment Shekib(a) va changer de destinée. Néanmoins seule une très timide lueur d’espoir empêche de suffoquer complètement lorsqu’on referme le roman.

Il est intéressant de noter qu’à l’instar de Cecilia Samartin, Nadia Hashimi, elle aussi américaine, a consacré son premier roman au pays de ses origines. A la différence de la Cubaine de cœur, Nadia Hashimi s'est rendue en Afghanistan en 2002, accompagnée de ses parents, exilés depuis les années 70.

«La perle et la coquille» de Nadia Hashimi - Milady 2015

Ouvrage reçu dans le cadre de «Masse Critique», opération organisée par Babelio.

6 juillet 2015

Le club des pauvres types : cherchons les hommes avec Jonathan Curiel

« Le club des pauvres types » commence avec une épreuve terrible : l’emménagement à deux. Le début de la fin. Le début de la fin de quoi ? Mais de l’indépendance de l’homme, de Paul ci-après nommé. Paul est désormais, officiellement, le concubin de Claire. Enfer et damnation de la tradition, Paul est désormais coincé dans un vrai couple. Quasiment marié, en somme.

photomontage © vivelaroseetlelilas

Peu de temps après « Les crevettes ont le cœur dans latête », quoi de mieux que le pendant masculin d’un tel roman ? Et voilà le livre de Jonathan Curiel, qui épingle les travers des trentenaires de façon tout aussi amusante que Marion Michau – mais, évidemment, avec un tout autre genre d’écriture, et des plaisanteries tournées, forcément, en miroir de celles de la chroniqueuse de Voici (plus LCP que Grazia).

Paul et Claire se sont donc rencontrés une première fois à Madrid, un ami commun, ambiance auberge espagnole. Se sont perdus de vus. Un jour, retrouvés. Et voilà que désormais, ils habitent ensemble, bien qu’à peu près tout les oppose - la liste, qui court de la page 42 à la page 43, comprend notamment ces précisions : « Elle est aventurière, je suis prudent. Elle filtre les appels, je réponds. Elle mange beaucoup, je mange un peu moins. (…) Elle a besoin de bouger, j’ai besoin de traîner. »
On frôlerait « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » dans cette énumération, mais heureusement, l’autodérision qui parcourt le récit vient rapidement à la rescousse : Paul est simplement un produit de son temps, un jeune cadre dynamique pas macho – juste égoïste. Alors qu’il fait l’épreuve de rites d’initiation terribles tels que les vraies courses de produits frais ou les achats chez Ikea en compagnie de ses futurs beaux-parents, l’angoisse surgit.

Mais survient, dans des circonstances hilarantes, une soudaine solidarité entre les conjoints des copines de Claire, et la création du « club des pauvres types ». L’un d’entre eux prend les choses en main et impose l’utilisation d’un « kit de virilité », destiné à réveiller la testostérone endormie chez les membres de la confrérie…

« Nous avons mis sur pied, sans trop en avoir conscience, une structure simple, légère mais efficace pour le pilotage de nos couples respectifs. Bien sûr, il nous faudra éviter la bureaucratie, l’enlisement des procédures et la paperasse inutile. »

L’humour caustique de Jonathan Curiel est véritablement amusant. Cohabitation (« anatomie de la vie à deux »), amours au travail, relations sexuelles organisées par les apps de rencontre, description de l’EVG (Enterrement de Vie de Garçon) traditionnel, bien des aspects de la vie de ces « hommes en perte de repères » sont passés au crible d’une fiction qui sonne très juste sociologiquement.