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8 juillet 2015

La perle et la coquille, les naseeb entrelacés de deux Afghanes, par Nadia Hashimi

Il y a des romans dont il est facile de parler. Il y en a d’autres dont la critique est ardue, qui ne se résument pas, ne se laissent pas enfermer dans leur intrigue, par leurs personnages. Il y a aussi ces livres dont il est complexe de dire quelque chose tant ils se suffisent à eux-mêmes, et tant leurs sujets se dispensent d'exégèse.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Partant, vous avez compris que «La perle et la coquille» ressort de la troisième catégorie. A un siècle d’intervalle, l’histoire de Shekiba et celle de Rahima, son arrière-arrière petite-fille, racontent l’enfer de la condition féminine en Afghanistan. Et surtout, la perspective historique du roman permet à son auteure de montrer la régression qui s’est opérée, alors que les années 50 et 60 avaient été plus heureuses et plus libres.

«La perle et la coquille», ce sont donc les histoires entrelacées de Shekiba et de Rahima. Des femmes au destin aride : Shekiba, au tout début du 20ème siècle, a eu le visage accidentellement brûlé et subit depuis son enfance la difformité qui fait d’elle un objet de rejet et de honte ; Rahima, peu après la chute du régime des Talibans a vécu les plus belles heures de sa vie comme «bacha posh», mais c’est aussi ce qui lui a valu d’être repérée par un seigneur de guerre.

«Que peut faire une fille dans ce monde, de toute façon ?»

Le récit de la vie martyrisée de Shekiba est peu à peu dévoilé par la tante de Rahima à celle-ci et à ses soeurs, Shahla et Parwin. C’est elle qui insiste pour que ses nièces aillent à l’école, bravant le courroux de son beau-frère, mercenaire drogué et violent. C’est elle qui a l’idée de transformer Rahima en «bacha posh», comme son aïeule Shekiba qui passa un temps de sa vie garde du harem royal, travestie en homme. Les deux naseeb, destinées de ces femmes font entrevoir l’horreur des mariages forcés, la terreur exercée par les belles-mères qui frappent les épouses de leur fils comme pour se venger de leur propre souffrance... Alors que Shekiba va entrevoir les changements possibles grâce au souverain réformateur Amanullah, un siècle plus tard, les conséquences de l’évasion de Rahima restent à écrire dans l’Afghanistan actuel.


«Tu pourras aller à l’école sans avoir peur d’être embêtée par les garçons. Tu pourras jouer à des jeux. Qu’est-ce que tu en dis ?
C’était le paradis, voilà ce que j’en disais !»

Brassant tous les problèmes de l'Afghanistan, des difficultés privées (la toxicomanie, les innombrables troubles post-traumatiques dans un État sans cesse en guerre), aux fléaux publics (les luttes d’influences des chefs de guerre, la corruption, les mariages forcés), le livre de Nadia Hashimi est nécessaire. Mais il est dur. Au début du roman, on rit du travestissement de Rahim(a) et on se demande comment Shekib(a) va changer de destinée. Néanmoins seule une très timide lueur d’espoir empêche de suffoquer complètement lorsqu’on referme le roman.

Il est intéressant de noter qu’à l’instar de Cecilia Samartin, Nadia Hashimi, elle aussi américaine, a consacré son premier roman au pays de ses origines. A la différence de la Cubaine de cœur, Nadia Hashimi s'est rendue en Afghanistan en 2002, accompagnée de ses parents, exilés depuis les années 70.

«La perle et la coquille» de Nadia Hashimi - Milady 2015

Ouvrage reçu dans le cadre de «Masse Critique», opération organisée par Babelio.

4 commentaires :

  1. Je ne connaissais pas du tout mais le sujet est très intéressant, merci pour la découverte !

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    1. Il a été beaucoup chroniqué sur la blogosphère en fait, mais tant mieux que ma critique ne soit pas la 15ème que tu lises ! C'est vraiment un roman très intéressant. Je te le recommande vivement !

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  2. Je le vois beaucoup en librairie ! Je me laisserai bien tenter !

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  3. J'ai acheté ce livre cet été, mais je ne l'ai pas encore lu. Merci pour cette belle critique qui me conforte dans mon choix !

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