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24 août 2015

Natür Therapy : introspection norvégienne cul nu

Avant, tout pouvait arriver. Désormais, plus de rencontres inopinées, plus de cafés au Baileys. Martin est devenu père de famille et salarié insatisfait. Les années ont passé sans qu'il ne s'en rende compte. Pourtant, malgré l'évidence de sa rencontre avec Sigrid plusieurs années auparavant, aujourd'hui Martin n'en peut plus.
Il part en randonnée, cheminant avec ses pensées les plus intimes qui nous sont révélées par la voix off du réalisateur et acteur principal.

Ce n’est pas toujours très drôle ce à quoi pense Martin. Nous entendons, jusqu’à un certain stade du film, tout ce qu’il lui passe par la tête. Même lorsque de façon totalement puérile, cet anti-héros laisse affleurer à sa conscience la solution la plus simple pour être obligé de prendre du temps avec son fils : le décès de sa femme. Parce que dans le fond, Martin aimerait qu’il lui arrive quelque chose d’un peu important, d’un peu grand. A un moment donné, il se dit aussi que cette petite douleur, là, maintenant, ce n’est encore rien de bien méchant, ce n’est pas une belle maladie dont on se vanterait.

Pauvre Martin, pauvre misère… Ole Giæver a voulu ce prénom pour accentuer un propos inclusif. Aujourd’hui, nous sommes un peu tous Martin, perclus de contradictions tellement modernes que je passe beaucoup de mon temps à écrire des billets sur des œuvres de fiction, littéraires ou autres, qui traitent de ces incohérences existentielles - pas toujours avec autant d’auto-dérision.
Martin se sent ainsi en pleine crise conjugale. Mais il n’en parle pas à sa femme. Il préfère râler intérieurement et fantasmer sur la vendeuse du magasin de randonnée, sans doute simplement à cause même de sa différence avec Sigrid. Et puis, en pleine randonnée dont il pense quelques fois dans de timides élans peut-être ne jamais revenir, Martin n’a pas oublié son iPhone chargé à bloc…
 

Suffit-il de marcher seul pour se livrer à l’introspection véritable ? Est-ce que courir avec Alphaville (évidemment, «Forever young») dans les oreilles peut rendre libre ? A quel moment de la vie conjugale cesse-t-on forcément de s’épiler ? L’aventure intérieure implique-t-elle de s’enfoncer dans la vase ? Martin est-il lucide ou s’aveugle-t-il sans cesse ?

Si j’ai trouvé l’idée du monologue quasi intégral intéressante, c’est également un concept qui parfois a ses limites dans le déroulé du scénario. Pourtant, trouver quelquefois le temps long est aussi une manière de nous obliger à être Martin, ce qui est indubitablement le but du réalisateur.

Alors, à la fin de «Natür Therapy», Martin rentre-t-il chez lui comme Ulysse - mais pour recharger sa batterie ? Réponse le 9 septembre en salles.


8 commentaires :

  1. Je n'avais pas entendu parler de la sortie de ce film. Ton billet me donne envie de le découvrir, je suis curieuse de voir comment le cinéaste s'en est sorti avec un monologue permanent.
    Merci pour ta participation et bonne rentrée (littéraire !) :)

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    1. Merci, effectivement la PAL augmente ;) Il y a tt de même quelques dialogues, mais ils sont rares et brefs. Ole Giæver les avait d'abord exclus mais il a fini par choisir d'en avoir pour éviter que le film ne soit trop aride ;)

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  2. Bel article. De quoi m'intriguer sur le film…

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    1. Merci :) C'est effectivement un petit OVNI de rentrée !

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  3. Un billet qui titille ma curiosité ! Je vais surveiller au cas où ce film passe par chez moi, merci.

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    1. Le film est atypique, déconcertant parfois mais justement pour cela il vaut la découverte :)

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  4. Ce film a l'air très intéressant, très original.
    J'ai hâte de le voir. Les questionnements de ce jeune père de famille me paraissent très justes et représentatifs des interrogations de chacun.
    Par contre, j'aimerais bien savoir pourquoi ce jeune homme est représenté sur l'affiche du film en train de courir fesses nues.
    Si vous pouviez m'expliquer la raison de son étrange tenue "manteau-fesses à l'air".
    En tout cas, votre résumé m'a vraiment donné envie de voir le film.

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    1. Ah, c'est une question un peu difficile car il s'agit d'un des rares gags (tragicomique par ailleurs) du film, si je vous le révèle c'est un peu dommage ! En tout cas je trouve que voir des fesses d'homme sur une affiche de film change quelque peu ;)

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